Unesco, World Economic Forum, ONU : vers une régulation numérique globale

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Trina Banderas, France-Soir
Publié le 28 novembre 2023 - 12:25
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Audrey Azoulay
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Geoffroy Van Der Hasselt / AFP
Audrey Azoulay, directrice de l'Unesco depuis 2017 et ancienne ministre de la Culture de François Hollande.
Geoffroy Van Der Hasselt / AFP

MONDE - Près de 60 % de la population mondiale utilise les réseaux sociaux. L'Unesco a donc décidé d’établir des directives pour encadrer les espaces virtuels, tandis que le World Economic Forum diffuse un rapport sur les risques en ligne. Ces deux initiatives vont dans le sens du pacte numérique de l'ONU qui se prépare, afin de réguler et sécuriser l'environnement numérique à l'échelle mondiale.

Le 6 novembre 2023, Audrey Azoulay, directrice générale de l'Unesco et ancienne ministre de la Culture de François Hollande, a dévoilé un plan d'action en réponse à "la montée de la désinformation et des discours haineux en ligne". Cette initiative de l'Unesco intervient en réaction à un chiffre : près de 60 % de la population mondiale (soit environ 4,75 milliards de personnes), utilise les réseaux sociaux comme un moyen d'expression et une source d'informations sur l'actualité et les événements mondiaux.

Cette statistique met en lumière l'influence prépondérante des plateformes numériques dans la vie quotidienne, soulignant leur rôle central en tant que canaux d'information. Consciente de cette réalité, l'Unesco a donc pris l'initiative d'établir de nouvelles règles et insiste sur la nécessité de gouverner ces espaces virtuels afin de préserver l'intégrité de l'information et des interactions en ligne.

Simultanément, le Forum économique mondial, diffuseur des nouvelles règles de l'Unesco, présente par la même occasion son Toolkit for Digital Safety Design Interventions and Innovations (boîte à outils pour les interventions et les innovations en matière de conception de la sécurité numérique). L'objectif est d'harmoniser ses initiatives avec celles de l'Unesco pour répondre de manière conjointe aux défis posés par les risques en ligne tels que le cyberharcèlement ou la désinformation.

L'UNESCO veut instaurer un "internet de confiance"

Les directives de l'Unesco aspirent à instaurer un "Internet de confiance". Elles résultent d'un processus de consultation impliquant 134 pays et englobent les responsabilités des États, des plateformes numériques, des organisations intergouvernementales, des médias, et des citoyens dans le cadre du "respect, de la protection et de la mise en œuvre des droits de l'homme". Les lignes directrices comprennent cinq principes clés pour façonner la pensée et le comportement dans le monde numérique.

Le premier principe souligne l'importance pour les plateformes de garantir le respect des droits de l'homme, en exigeant des évaluations régulières des risques, notamment avant les élections, afin de préserver l'intégrité du processus de vote. Le deuxième principe souligne l'adhésion aux normes internationales en concevant des plateformes inclusives et en luttant contre les préjugés et les discours haineux. Le troisième principe, celui de la transparence, demande aux plateformes de déclarer clairement leur affiliation aux règles communautaires.

Le quatrième principe insiste sur la mise à disposition d'informations et d'outils dans les langues officielles des pays d'opération, avec une attention particulière aux besoins des enfants et des personnes handicapées. En dernier lieu, le cinquième principe souligne la responsabilité des plateformes envers les utilisateurs. Il requiert des mécanismes de signalement adaptés aux sensibilités culturelles, une réaction rapide aux contenus menaçants, ainsi qu'une protection spécifique pour les enfants.

Complémentarités avec la coalition mondiale pour la sécurité numérique

La coalition mondiale pour la sécurité numérique du World Economic Forum (WEF) vise à intensifier la collaboration entre divers acteurs pour contrer les contenus préjudiciables en ligne. En août 2023, elle a présenté une typologie des préjudices intégrée dans le rapport Toolkit for Digital Safety Design Interventions and Innovations.

Ce rapport examine les mêmes sujets que ceux abordés dans les directives de l'Unesco, portant sur les risques liés au contenu, aux interactions et aux comportements. Selon le document, "la désinformation implique la diffusion délibérée et intentionnelle de fausses informations dans le but d'induire les autres en erreur. Ces deux types d'information peuvent être utilisés pour manipuler l'opinion publique, interférer avec les processus démocratiques tels que les élections ou causer du tort à des individus, en particulier lorsqu'il s'agit d'informations trompeuses sur la santé". Faisant écho aux révélations des "Twitter files" sur les élections présidentielles de 2020 aux États-Unis tout en prenant en compte la période de la pandémie de Covid.

Cette typologie s'inscrit dans une série de publications de la même coalition, comprenant les principes mondiaux sur la sécurité numérique de janvier 2023 et le document Digital Safety Risk en action, dévoilé en mai 2023, offrant ainsi une collection d'études de cas. Ces ressources, conçues pour les décideurs politiques, les dirigeants d'entreprise, les organisations de la société civile, les chercheurs et les individus, présentent une certaine approche pour aborder la problématique des contenus préjudiciables en ligne.

Vers un pacte numérique mondial

Les consignes de l'Unesco se complètent et s'alignent avec les rapports du World Economic Forum (WEF). L’institution internationale souhaite, , à travers ses directives, définir un cadre global en impliquant les États, les plateformes numériques, les organisations intergouvernementales, les médias et les citoyens dans la protection des droits de l'homme dans le cyberespace.

Cependant, l'apparente convergence vers un espace numérique sécurisé dissimule des dangers potentiels, notamment en ce qui concerne la liberté d'expression et le risque d'une pensée uniformisée. Les directives de l'Unesco et du World Economic Forum pour contrôler les contenus en ligne peuvent compromettre la diversité des voix et des opinions sur les plateformes numériques.

En additionnant ces initiatives avec le pacte numérique mondial de l'ONU qui doit être validé en 2024, il existe un grand risque de voir se consolider une gouvernance numérique entre les mains de quelques entités. Cette centralisation va entraîner une uniformisation des normes et une restriction des perspectives diverses, créant ainsi un environnement propice à une pensée unique et à une forme de totalitarisme. Par conséquent, bien que ces efforts soient présentés comme des mesures devant créer un Internet plus fiable et éthique, il demeure essentiel de rester vigilant et d’anticiper de possibles conséquences sur la pluralité des opinions et la libre expression en ligne.

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