Exportations de puces IA : Microsoft exhorte Trump à assouplir des restrictions “de dernière minute” imposées par Biden contre des “pays alliés”


Microsoft craint pour ses exportations de puces d’intelligence artificielle. Dans un article de blog publié hier jeudi 27 février 2024, la firme américaine co-fondée par Bill Gates a appelé le président Donald Trump à assouplir des restrictions imposées par son prédécesseur Joe Biden dans l’un de ses derniers textes de loi. Ces restrictions, qui visent à empêcher la Chine d’acquérir la technologie américaine directement ou indirectement, s’appliquent à des pays jugés par Microsoft comme “alliés et amis”. L’ex-locataire de la Maison Blanche est allé “au-delà de ce qui est nécessaire” selon ce géant des GAFAM, qui entend surfer sur la volonté de Donald Trump de vendre plus de produits américains.
Le 13 janvier 2025, quelques jours avant l’investiture de Donald Trump, l'administration Biden a annoncé de nouvelles réglementations visant à restreindre davantage l'accès de la Chine aux puces d'intelligence artificielle (IA) avancée. Cette décision s’inscrivait déjà dans un paquet de mesures visant à maintenir la domination technologique américaine dans les domaines sensibles, à l’image de celui de l’IA ou des microprocesseurs.
Des “alliés” relégués au second plan pour leur rapprochement avec Pékin
Il est particulièrement question du "Framework for Artificial Intelligence Diffusion", un cadre qui établit un système à plusieurs niveaux pour l'exportation de puces IA et qui accorde un accès illimité aux alliés les plus proches des États-Unis, notamment les pays des Five Eyes, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan. Pour les autres pays, des quotas d'importation seront mis en place afin d'empêcher la Chine d'exploiter des pays tiers pour accéder à la technologie américaine jugée sensible.
La décision avait déjà suscité des réactions mitigées. Certains soutiennent qu'elle est nécessaire pour protéger la sécurité nationale américaine, tandis que d'autres craignent qu'elle ne perturbe le marché mondial de l'IA et n'ait des conséquences imprévues. Les géants américains de la tech en particulier ont exprimé leur inquiétude de l'impact potentiel sur leurs activités à l'échelle mondiale, y compris dans les pays ciblés par le texte de Joe Biden.
Parmi ces sociétés figurent Microsoft. Dans sa loi, Joe Biden a particulièrement ciblé, pour la première fois, des pays comme la Pologne ou la Grèce, qui renforcent leur coopération économique avec la Chine dans le cadre du projet de la route de la soie. Or, dans ces deux pays-là, pour ne citer que ceux-là, Microsoft possède de nombreuses filiales ou datacenters.
Dans un texte signé par Brad Smith, à la tête du groupe américain, le géant demande au président d’assouplir les restrictions imposées par Joe Biden, notamment celles visant les exportations de puces d’IA. Le Framework for Artificial Intelligence Diffusion pourrait, selon Microsoft, pousser les pays alliés et partenaires des États-Unis à se tourner vers Pékin.
“La réglementation de dernière minute de Biden va au-delà de ce qui est nécessaire”, déplore-t-on. “Dans sa forme actuelle, cette règle va à l’encontre de deux priorités de l’administration Trump : renforcer le leadership américain en matière d’IA et réduire le déficit commercial national, qui avoisine les mille milliards de dollars. Si elle reste inchangée, cette règle offrira à la Chine un avantage stratégique pour diffuser sa propre technologie d’IA, rappelant son ascension fulgurante dans les télécommunications 5G il y a une décennie”, avertit Microsoft.
“Ironie flagrante”
Le blog souligne que le texte de Joe Biden “place de nombreux alliés et partenaires stratégiques des États-Unis dans une catégorie de "deuxième niveau" (Tier Two) et impose des limites quantitatives aux entreprises technologiques américaines pour la construction et l'expansion de centres de données d’IA dans ces pays”. Il est question “d’alliés clés” comme la Suisse, la Pologne, la Grèce, Singapour, l’Inde, l’Indonésie, Israël, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. “Ce sont pourtant des pays où nous et de nombreuses autres entreprises américaines avons des opérations de centres de données significatives”, rappelle Microsoft.
Brad Smith rappelle avoir rencontré la semaine passée à Varsovie le Premier ministre polonais, Donald Tusk, pour annoncer une expansion de 700 millions de dollars de l’infrastructure du centre de données de Microsoft dans ce pays-là. Il relève “la flagrante ironie” de la situation, rappelant qu’au moment où “l’administration Trump presse l’Europe d’acheter davantage de produits américains”, les “amis et les alliés des États-Unis sont relégués à un deuxième niveau qui sape leur confiance”.
Comme Apple qui a annoncé un montant d’investissement colossal sur le sol américain pour échapper aux droits de douanes annoncés par Trump, Microsoft profite de ce billet pour rappeler que la moitié de ses investissements réalisés en 2025 seront faits aux États-Unis. De plus, “la grande majorité de notre puissance de calcul restera donc” sur le sol américain, rappelle-t-on, comme pour rassurer.
L'article vous a plu ? Il a mobilisé notre rédaction qui ne vit que de vos dons.
L'information a un coût, d'autant plus que la concurrence des rédactions subventionnées impose un surcroît de rigueur et de professionnalisme.
Avec votre soutien, France-Soir continuera à proposer ses articles gratuitement car nous pensons que tout le monde doit avoir accès à une information libre et indépendante pour se forger sa propre opinion.
Vous êtes la condition sine qua non à notre existence, soutenez-nous pour que France-Soir demeure le média français qui fait s’exprimer les plus légitimes.
Si vous le pouvez, soutenez-nous mensuellement, à partir de seulement 1€. Votre impact en faveur d’une presse libre n’en sera que plus fort. Merci.