La fertilité en chute libre : une crise émergente chez les femmes de 30-35 ans - une mutation sociétale en vue

Auteur(s)
Xavier Azalbert, France-Soir
Publié le 27 février 2025 - 15:45
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Fertilité en chute libre - horloge biologique
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France-Soir, IA
La fertilité en chute libre : une crise émergente chez les femmes de 30-35 ans - une mutation sociétale en vue
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Une étude récente publiée dans Nature Women’s Health par Cunnigham & al.  et relayée par le Daily Mail révèle une tendance alarmante : aux États-Unis, près de la moitié des femmes âgées de 30 à 35 ans présenteraient des symptômes de ménopause précoce, signalant une baisse significative de leur fertilité. Cette découverte soulève des questions urgentes sur les causes de ce phénomène, ses implications démographiques et les défis qu’il pose pour les générations futures. En France, où la natalité atteint son plus bas niveau depuis 1945, les données convergent vers une crise similaire de la fécondité. Cet article explore les points clés de ces recherches, les zones d’ombre persistantes, les conséquences potentielles et les hypothèses sur les origines de cette baisse, tout en comparant la situation internationale avec celle de la France.

 

Les points importants

La fertilité féminine est en déclin à un âge bien plus précoce qu’auparavant. Selon l’étude de Nature, environ 50 % des femmes de 30 à 35 ans présentent des symptômes associés à la périménopause, comme des cycles irréguliers, des bouffées de chaleur ou une diminution de la réserve ovarienne. Ces signes, autrefois rares avant la quarantaine, indiquent une accélération du vieillissement reproductif. Cette tendance pourrait redéfinir les attentes sociétales autour de la maternité, souvent retardée dans les sociétés modernes pour des raisons professionnelles ou personnelles soulignent le Daily Mail et les auteurs.

Une diminution mesurable de la qualité et de la quantité des ovocytes chez les femmes de la tranche d’âge analysée. Les chercheurs ont utilisé des biomarqueurs comme l’hormone antimüllérienne (AMH) pour évaluer la réserve ovarienne, constatant des niveaux anormalement bas chez une proportion importante des participantes. Par ailleurs, le taux de grossesses spontanées diminue, tandis que le recours à des traitements de procréation médicalement assistée (PMA) augmente, sans garantir davantage de succès.

En France, les données confirment une baisse parallèle de la fécondité. Selon l’Insee, le taux de natalité a chuté à 1,68 enfant par femme en 2024, contre 2,03 il y a vingt ans. Cette diminution coïncide avec une progression de l’infertilité, touchant aujourd’hui un couple sur quatre. Les experts français pointent également une hausse des troubles ovariens et des facteurs environnementaux, un constat qui fait écho aux observations internationales.


Des questions non résolues

Malgré ces avancées, de nombreuses interrogations subsistent.

Les causes exactes de cette ménopause précoce restent floues. Si des facteurs comme le stress, l’alimentation et la pollution sont évoqués, leur poids relatif n’est pas clairement établi. L’étude de Nature appelle à des recherches complémentaires pour déterminer si cette tendance est universelle ou si elle varie selon les régions et les modes de vie.

la question de la réversibilité se pose : peut-on ralentir ce déclin de la fertilité par des interventions médicales ou des changements sociétaux ? Les traitements hormonaux ou la congélation d’ovocytes sont des options, mais leur accessibilité et leur efficacité à grande échelle restent limitées. Enfin, les données manquent sur l’évolution à long terme : cette génération de femmes sera-t-elle la première d’une série affectée, ou s’agit-il d’un phénomène temporaire lié à des conditions spécifiques ?

 

Des conséquences démographiques importantes

Si cette baisse de fertilité se confirme dans le temps, les répercussions démographiques pourraient être profondes. Dans les pays développés, où la population vieillit déjà, une réduction des naissances accentuerait le déséquilibre entre générations. Les systèmes de retraite et de santé, qui reposent sur une population active suffisante, seraient mis sous pression. Le Daily Mail note que cette crise pourrait également amplifier les inégalités : « les femmes ayant les moyens d’accéder à la PMA ou de congeler leurs ovocytes auraient un avantage sur celles qui n’en ont pas les ressources. »

En France, la situation est déjà critique. Avec seulement 678 000 naissances en 2024 (Insee), le pays enregistre son plus faible niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette chute menace la croissance économique et la vitalité sociale, alors que le vieillissement de la population s’accélère. À l’échelle mondiale, les nations les plus touchées pourraient voir leur influence géopolitique diminuer face à des pays où la fertilité reste élevée.

A-t-on une idée des causes potentielles ?

Plusieurs hypothèses émergent pour expliquer ce déclin précoce de la fertilité. Les facteurs environnementaux occupent une place centrale : l’exposition aux perturbateurs endocriniens (pesticides, plastiques, produits chimiques) est suspectée d’altérer les fonctions reproductives. Ces substances, omniprésentes dans l’alimentation et les produits du quotidien, pourraient accélérer le vieillissement ovarien, comme le suggère l’étude de Nature.

Le mode de vie moderne est également en cause. Le stress chronique, lié aux pressions professionnelles et sociales, perturbe l’équilibre hormonal. Une alimentation riche en sucres et en graisses, combinée à une sédentarité croissante, pourrait aggraver la situation. Par ailleurs, le retard de l’âge de la première grossesse, devenu courant dans les pays occidentaux, expose les femmes à des risques accrus d’infertilité, leurs ovocytes vieillissant naturellement avec le temps.

Enfin, des facteurs génétiques ou épigénétiques pourraient jouer un rôle. Certaines femmes pourraient être prédisposées à une ménopause précoce, et les conditions environnementales actuelles pourraient amplifier cette vulnérabilité. Cependant, aucune de ces hypothèses n’est encore pleinement validée, et les interactions entre ces causes restent à élucider.

Aucune hypothèse sur la vaccination covid n’est avancée. Ce sujet semble tabou chez certains chercheurs et journalistes, et ne correspond pas à la conduite appropriée de la science où se poser cette question paraitrait tout à fait normale pour un scientifique qui se respecte. Ceci malgré le fait que de nombreuses femmes se sont plaintes d'effets secondaires sur leur cycle menstruel suite à la vaccination covid - plusieurs collectifs en ont fait état comme « Où est mon cycle». Aux États-Unis, Trump envisage d’interdire les vaccins anti-covid à ARN messager. Le nouveau ministre de la Santé américain Robert Kennedy Jr effectue aussi des demandes accrues de données scientifiques sur les vaccins alors que le Sénateur Ron Johnson demande des comptes et les données aux agences de santé ainsi qu’aux médias.

Comparaison avec la France

En France, la baisse de la fertilité suit des tendances similaires, mais avec des spécificités locales. Selon Ameli.fr, l’infertilité touche environ 15 % des couples, un chiffre en hausse constante. Comme à l’étranger, les troubles ovariens, tels que le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), et la diminution de la réserve ovarienne sont de plus en plus diagnostiqués. Cependant, la France se distingue par un recours relativement élevé à la PMA : en 2022, plus de 150 000 cycles ont été réalisés. Avec une forte hausse des demandes de PMA : en 2022 15 000 demandes ont été faites  par des couples de femmes et de femmes célibataires. Le nombre de demandes faites des femmes est 7,5 fois supérieur à celui des couples hétérosexuels, tel que l’explique Vie Publique. Malgré cela, le succès reste limité, avec un taux de naissances vivantes par cycle inférieur à 25 %.

La natalité française, bien qu’en net déclin, reste supérieure à la moyenne européenne (1,4 enfant par femme). Observation Société note que ce relatif avantage découle d’une politique familiale historiquement favorable : allocations, congés parentaux et accès aux crèches. Pourtant, ces mesures ne suffisent plus à enrayer la chute. En 2024, l’Insee rapporte une baisse de 6 % des naissances par rapport à 2023, un effondrement attribué à la fois à l’infertilité croissante et à une réticence des jeunes générations à fonder une famille dans un contexte d’incertitude économique et climatique.

Comparée aux données de Nature, la situation française semble moins marquée par une ménopause précoce généralisée, mais davantage par une combinaison de facteurs biologiques et sociaux – cependant il faudrait conduire la même étude afin de pouvoir conclure. Les perturbateurs endocriniens, très présents dans l’agriculture intensive, sont un sujet de débat national, tout comme l’impact du stress lié à la précarité. Contrairement à d’autres pays, la France bénéficie d’un système de santé qui facilite le diagnostic et la prise en charge de l’infertilité, mais cela ne compense pas la baisse structurelle de la fécondité.

 

La fertilité des femmes de 30 à 35 ans est à un tournant critique, comme le montrent les recherches récentes et les statistiques françaises. Entre symptômes précoces de ménopause et infertilité croissante, ce phénomène remet en question les modèles démographiques et sociaux établis. Les causes, qu’elles soient environnementales, liées au mode de vie ou génétiques, exigent une investigation urgente pour éviter une crise à grande échelle. En France, où la natalité s’effondre malgré un soutien institutionnel, la situation reflète un défi global : adapter nos sociétés à une réalité où concevoir un enfant devient de plus en plus difficile.

Sans réponses concrètes, le risque est clair : un avenir où la parentalité deviendra un luxe, réservé à une minorité.

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