Indre-et-Loire: une adolescente de 14 ans vendue et mariée de force par sa propre famille

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FranceSoir
Publié le 30 septembre 2022 - 10:50
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Une adolescente de 14 ans, vendue et mariée de force
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JEFF PACHOUD / AFP
« À 14 ans, on est en classe de 3e. On sort avec un garçon, mais on n’est pas mariée », déclare l'avocate de la partie civile Me Delphine Tokkar.
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Une affaire qui fait froid dans le dos. Les faits se sont déroulés entre 2016 et 2018, à Amboise en Indre-et-Loire. Selon un article de La Nouvelle République, une mère macédonienne a vendu sa propre fille, alors âgée de 14 ans, à la famille d’un Kosovar de 21 ans, via Internet en 2016. Après avoir porté plainte à deux reprises en 2017 puis en 2018, notamment pour violences domestiques par l'ensemble de sa belle-famille, un jugement s'est tenu au tribunal d'Amboise le 14 septembre. Désormais âgé de 27 ans, le Kosovar est jugé pour « viols et menaces de mort ».

Vendue par sa mère sur Internet

Le cauchemar de la jeune fille débute en 2016. Un pacte est conclu sur Internet entre deux familles – l’une d’origine macédonienne et l’autre Kosovare pour arranger le mariage entre Sedat, 27 ans, et l’adolescente de 14 ans qui est « choisie sur Internet ». Pour quelques centaines d’euros, son destin est scellé dans un « contexte religieux et culturel ».

L'adolescente est présentée à la famille kosovare à la fin de l’année 2016. La « tradition » l’oblige à dormir dans le même lit que son mari dès le premier soir. Très rapidement enceinte, elle fait une fausse couche le 30 janvier 2017. La situation s'envenime lorsque l’adolescente doit se plier aux tâches domestiques pour satisfaire sa belle-famille et son conjoint, parfois après avoir « reçu des coups ».

Esclavage, violences domestiques, « menaces de morts »

Elle décide de porter plainte à la gendarmerie d’Amboise le 21 mai 2017 et déclare être « traitée comme une esclave » par sa belle-famille qui la bat constamment. Après l’avoir suivie jusqu’à la gendarmerie le même jour, son conjoint « se déchaîne contre elle », puis est rapidement maîtrisé. Suite à cette interpellation, le procureur de la République demande l’ouverture d’une « enquête pour traite d’êtres humains ».

Mais, la situation de l’adolescente empire. En décembre 2017, elle donne naissance à un petit garçon, issu de ce mariage arrangé. Sa famille décide alors de lui confisquer son passeport pour l'empêcher vraisemblablement de prendre la fuite. Le 28 mars 2018, âgée de 15 ans et demi, elle retourne déposer plainte pour « menaces de mort » qu'elle reçoit par téléphone. Suite à cela, le tribunal ouvre une nouvelle enquête pour « viols et menaces physiques », ce qui met un terme au mariage.

Le 14 septembre 2022, la jeune femme témoigne à la barre du tribunal d’Amboise comme partie civile après quatre ans « pour se reconstruire ». Elle déclare : « Je ne voulais pas qu’on me retire mon enfant. Mais il n’y a pas eu de viols ». Ces propos lui sont reprochés par la présidente du tribunal qui estime que la jeune femme a donné de multiples versions des faits données au corps judiciaire. 

« Elle était consciente qu’elle allait se marier et avoir du sexe »

L’audience se poursuit ensuite sur les propos de Sedat. Le Kosovar déclare : « La meuf, elle n’est pas venue me rencontrer pour boire un café. Elle était consciente qu’elle allait se marier et avoir du sexe. Mais je ne savais pas qu’elle avait 14 ans. Je lui en donnais 18… On a tous donné un peu d’argent, entre 800 et 1 200 €. C’était pour le trajet, pour faire la fête et pour aider. Ça va. Ce n’est pas le prix d’une Audi… ».

Une déclaration qui ne manque pas d’offusquer l’avocate de la partie civile. En effet, Me Delphine Tokkar souligne : « À 14 ans, on est en classe de 3e. On sort avec un garçon, mais on n’est pas mariée ». Quant à la procureure Delphine Amacher, celle-ci considère que la « lecture du dossier et des faits de cette histoire est brouillé par des éléments culturels, des déclarations évolutives ». Et d’ajouter : « Les menaces de mort sont caractérisées et reconnues. La déclaration de culpabilité est essentielle. »

En somme, la procureure a requis dix-huit mois de prison à l’encontre de l’accusé, dont dix assortis d’un sursis. De son côté, la défense de Sedat plaide la relaxe sur l’accusation d’agressions sexuelles, demandant une peine adaptée pour celle des menaces de mort. Enfin, le tribunal d’Amboise a mis en délibéré son jugement le 20 octobre 2022.

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