Le Traité de pandémie : le calendrier s'accélère

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Urmie Ray pour France-Soir
Publié le 10 novembre 2023 - 19:00
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OMS
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Fabrice Coffrini AFP
La souveraineté des États est réduite à la fonction de défendre les buts et objectifs du traité de pandémie.
Fabrice Coffrini AFP

TRIBUNE - Du 6 au 10 novembre, le comité intergouvernemental de négociation a tenu une réunion dans les locaux de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève pour examiner et négocier avec les États membres et les autres parties prenantes "la convention de l'OMS, l'accord ou tout autre instrument international sur la prévention des pandémies" (ci-après dénommé Traité de pandémie), sur la base du  "texte de négociation", proposé le 30 octobre 2023 par ce même comité. Ce traité, ainsi que des amendements du Réglement sanitaire international seront mis au vote par l'Assemblée mondiale de la santé de l'OMS en mai 2024. Ceux-ci seront  contraignants pour les pays signataires. En d'autres termes, ils auront l'obligation des les appliquer. 
Donc de quoi s'agit-il au juste ? 
 
Le Traité de pandémie  
 
Pour qu’il soit entériné, il faut une majorité des deux tiers à l'Assemblée mondiale de la santé (AMS), suivie d'une ratification nationale.   
 
L'adoption implique : 
 
–  de l'appliquer "en tout temps"  (article 2.2), donc pas seulement pendant les périodes que l'OMS déclarera comme pandémies ; 
 
– que l'OMS comme soit reconnue "l'autorité directrice et coordinatrice de l'action sanitaire internationale dans le domaine de la santé" : toutes les décisions seront prises par un comité indépendant, non élu, qui ne sera pas sous le contrôle d'organes représentant les peuples, les parlements, etc. et qui incluera le secteur privé. Il aura le pouvoir de vérifier que les décisions et le traité sont correctement mis en œuvre par les États. 


Bref, la souveraineté des États est réduite à la fonction de défendre les buts et objectifs du traité. Ainsi, le contribuable paiera pour des décisions ayant un impact sur sa vie prises par des comités non élus sur lesquels il n'aura aucun droit de regard et d'influence. Mais le secteur privé, notamment pharmaceutique, participera à la mise en place de toute la politique   un secteur dont les profits seront expressément protégés ; 
 
faire taire toutes les voix dissidentes au niveau mondial, qui n'acceptent pas la politique concernant les pandémies et la santé et les suppositions sur lesquelles cette politique est fondée. En effet, les États "combattront les informations fausses, trompeuses, la désinformation ou la mésinformation" par le biais de "la collaboration et de la coopération internationale et de "recherches" menés par les États pour "éclairer les politiques sur les facteurs qui entravent l'adhésion aux mesures sociales et de santé publique en cas de pandémie et la confiance dans la science et la santé publique". Cela ne s'apparente-t-il pas à de l'ingénierie sociale ? 
 
Il faut savoir que depuis le 25 août, le Digital Services Act (DSA), qui vise en particulier la désinformation, est entré en vigueur en Europe.
 
Qui décidera ce qu'est la désinformation ou la fausse information ?  "La meilleure science disponible".   
 
Il s'agit d'une science qui suppose l'existence d'agents pathogènes qui auraient "une transmissibilité élevée et durable d'une personne à l'autre", et pourraient en particulier être transmis des animaux aux hommes, et qui évidemment accepte un changement climatique méritant des mesures pour le prévenir…   
 
s'assurer de la mise en place d'une approche "Une seule santé", c'est-à-dire incluant "la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes"impliquant notamment "des mesures pour lutter contre le changement climatique". La science, y compris les sciences sociales et comportementales, se fera dans ce cadre. 
 
La nature, dont nous faisons partie intégrante, est désormais l'ennemi, et nous sommes donc nos propres ennemis, et devons donc être protégés de nous-mêmes. 


Quant à la science, elle est fondée sur le raisonnement reposant sur l'observation  reproduite et reproductible à volonté. Donc, elle reste la connaissance la plus objective possible pour l'esprit humain. Mais est loin de l'être. Ses théories sont susceptibles d'être modifiées, sinon rejetées ; elles sont éphémères et l’objet d’un processus constant de révision. Les mêmes phénomènes peuvent avoir diverses explications selon les points de vue.  
Si le traité est adopté, en vertu du DSA déjà en vigueur en Europe, toute science qui serait en désaccord avec le discours officiel et toute référence à celle-ci deviendraient-elles illégales, et donc pouvant être censurées si elles sont officiellement considérées "fausses" ?   
Toutefois, la science, notre meilleur outil pour nous faire une idée du monde sensible, est essentielle pour la survie de l'humanité, mais nécessite liberté. 
 
"Prendre les mesures appropriées" dans le cadre de "surveillance de la santé publique", ce qui implique le partage de toute information jugée nécessaire avec, notamment, le secteur privé, ce qui pourrait inclure des données personnelles, comme semble le suggérer un décret entré en vigueur en France le 1er août 2023. Il rend obligatoire "la transmission ... à l'autorité sanitaire" de "données individuelles" jugées pertinentes "par les médecins, services et laboratoires de biologie médicale publics et privés", données qui seront accessibles à tout leur personnel 
 
Le Règlement sanitaire international (RSI, version révisée de 2005) 
 
Parallèlement, des amendements au RSI sont en cours de préparation. Certains attribuent de nouvelles fonctions à l'OMS, et consolident le transfert de souveraineté vers cette organisation non élue. Ceux-ci seront soumis aux États pour leur considération avant mi-janvier 2024, et avant le vote à l'Assemblée mondiale de la santé en mai.
 
L'adoption des amendements au RSI est plus simple que l'adoption du traité. Elle ne nécessite qu'un vote à la majorité simple des délégués à l'AMS, sans autre procédure de ratification nationale. Un État peut se retirer du RSI dans un délai de 10 mois. Passé ce délai, les amendements s'appliquent automatiquement à eux. 
 
Toutes les mesures appliquées dans le monde depuis 2020, y compris la vaccination obligatoire, sont en fait légales en vertu de ce traité. 

 
Alors pourquoi ces amendements et un nouveau traité ?   
 
La réponse a été donnée par le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus : le traité "contribuerait le plus au renforcement de la sécurité sanitaire mondiale et à l'autonomisation de l'Organisation mondiale de la santé "  Le RSI laisse encore une certaine autorité aux États.  Il ne permet à l'OMS que de recommander, pas d'imposer des mesures ; c'est aux Etats de décider et de vérifier par leurs propres moyens s'ils le jugent nécessaire que les populations les respectent.  
 
Déclaration politique "de la réunion de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations unies sur la prévention, la préparation et l'intervention en cas de pandémie"
 
Il faut aussi savoir que le 20 septembre 2023, l'Assemblée générale des Nations unies a tenu une "réunion de haut niveau sur la prévention, la préparation et la riposte face aux pandémies". Selon le site de l'OMS, elle a offert "une tribune aux États Membres pour discuter des moyens de prévenir et de se préparer aux pandémies et à leurs conséquences sanitaires, sociales et économiques". Une déclaration politique présentant les principaux points retenus a été ratifié. Certes, elle n'a pas force contraignante mais représente "l’évolution dynamique des normes juridiques internationales". Il s'agit d'un soutien de poids : elle encourage "à conclure les négociations" et réitère les points principaux du traité : 
 

  • Le rôle de l'OMS et l'augmentation de son financement ; 
  • La censure, notamment concernant la connaissance scientifique ; (Notons à nouveau que toute critique concernant un sujet touchant à la santé est mise sur un pied d'égalité avec "les discours de haine et la stigmatisation").   Il faut aussi savoir qu'une armée de citoyens est en formation par les casques bleus de l'ONU pour espionner et surveiller les contenus des réseaux sociaux considérés comme de la fausse information concernant santé et développement durable.
  • Mise en place de toute mesure sanitaire jugée nécessaire. 

En conclusion 
 
Ces accords sont une atteinte grave au pouvoir démocratique des peuples, à leurs droits et libertés fondamentaux. Pour la première fois, des accords forcent légalement à reconnaître au nom de LA (et non la) science des thèses controversées scientifiquement.  En d'autres termes, le scientisme devient la vérité légale, alors que la science devient mensonge. 

 

Urmie Ray a étudié les mathématiques à l'université de Cambridge, où elle a obtenu sa licence, son master et son doctorat. Chercheuse et universitaire (Cambridge, IHES à Bures-sur-Yvette, Institut Max Planck à Bonn, université de Californie à Santa Cruz, Centre de Recerca Matemàtica à Barcelone), elle démissionne de son poste de professeur en France (le pays de son enfance) afin de se consacrer à son intérêt de toujours pour les questions d'actualité, notamment celles liées à la science. Ses deux derniers livres et divers articles récents, parus dans divers journaux et revues, portent sur ces sujets. La version française révisée de On Science : Concepts, Cultures and Limits (Routledge, 2021) paraîtra bientôt.  

Par ailleurs, elle vient de commencer un canal YouTube, "Pensez-y", consacré à de courtes vidéos sur divers sujets, notamment la science, le but étant de donner des pistes de réflexions afin que tout un chacun puisse se réapproprier les outils de la pensée. 

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