Pics d'inflation alimentaire : malgré des renégociations entre industriels et distributeurs, un “été dur” attend les Français

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France-Soir
Publié le 28 avril 2023 - 10:30
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En 2023, l'inflation alimentaire est devenue la principale cause de l'augmentation générale des prix.
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POUVOIR D'ACHAT - L’inflation connaît des pics sans précédent qui n'épargnent pas l'alimentation. Selon un rapport de l’Insee, l’Indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté en mars 2023 de 0,9% sur un mois et de 5,7% sur un an. En avril, dans une estimation qui vient d'être publiée ce vendredi, l'IPC a progressé de 0,6% sur un mois et de 5,9% sur un an. Les prix de l’alimentation ont enregistré en une année une hausse vertigineuse qui demeure autour des 15%. Cette situation hautement pénible pour les ménages français va perdurer “jusqu’à la fin de l’été”, selon Emmanuel Macron et bien au-delà selon des observateurs. En attendant, les Français se débrouillent comme ils peuvent pour maintenir un accès digne à l’alimentation, malgré la hausse des prix.

Selon le dernier rapport de l’Insee (l'Institut national de la statistique et des études économiques) publié le 14 avril dernier, l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté en mars de 0,9% sur un mois contre une hausse de 1% en février (soit 5,7% sur un an). Quant aux prix de l’alimentation, pour la même période, une hausse de 1,8% a été constatée en un mois contre 1,7% en février. Sur une année, les prix alimentaires ont grimpé à un rythme effréné de 14,8% en février et 15,9% en mars.

En ce qui concerne le mois d'avril, dans une estimation publiée ce 28 avril (qui sera consolidée dans le prochain rapport de l'INSEE prévu pour le 12 mai), l'IPC a augmenté de 0,6% (soit 5,9% sur un an). Si ce sont cette fois l'énergie et les services qui pèsent en premier lieu dans cet énième pic des prix, les prix alimentaires progressent toujours de 14,9% sur un an et restent une préoccupation majeure pour les Français.

En effet, ces derniers sont depuis plusieurs mois au pied du “super mur d’inflation” contre lequel avertissait déjà Michel-Édouard Leclerc, patron de l’enseigne éponyme de la grande distribution, en novembre 2022. Alors invité de la matinale de Cnews, il avait énuméré la guerre en Ukraine et la reprise économique post-Covid parmi les causes de cette flambée des prix.  

Les industriels pointés du doigt 

Le Sénat, dans un rapport de juillet 2022, expliquait également cette inflation par la montée des prix des matières premières, notamment agricoles et industrielles, en plus des “mauvaises conditions climatiques” et des “prix des emballages”. À cela s’ajoute les tarifs énergétiques, particulièrement ceux du gaz et de l’électricité, tirés vers le haut par la guerre en Ukraine.  

Pourtant, les prix des matières premières est en baisse. Le blé coûte 40% en moins, le grain de café 16% en moins et jusqu'à 55% de réduction pour l'huile. De son côté, l’Insee fait remarquer que les prix de l’énergie ont reculé de 1,4% en mars 2023. Les prix des aliments dans les rayons n'ont pourtant pas suivi cette tendance baissière quant à eux sur la même période. Mais en ce qui concerne le mois d'avril, une très légère accalmie semble apparaître.

Les distributeurs accusent ouvertement les industriels, qui doivent lâcher du lest quant à leur marge. À titre d’exemple, des biscuits restent sur une hausse de 25% malgré une baisse des prix du blé. Michel Biero, Directeur exécutif des achats de Lidl, explique à BFM Business que “les grandes marques, notamment les multinationales, doivent nécessairement se mettre autour d’une table pour nous répercuter les baisses” des matières premières.  

Un constat identique, presque 6 mois plus tard, à celui de M. Leclerc, qui appelait à une mobilisation. “Si on ne se mobilise pas là où les marges se font et là où la concurrence ne se fait pas, ça va coûter très cher aux Français avec un super mur d’inflation en 2023”, avait-il affirmé. 

Les négociations clôturées début mars 2023 se sont plutôt tournées à la faveur des industriels, qui ont réclamé une hausse moyenne de prix de l'ordre de 10%. Les renégociations pour le second semestre de l’année en cours ont commencé, a encore annoncé mercredi 26 avril 2023 Leclerc à BFM Business, promettant de “casser l’inflation”.  

“Cela va être dur jusqu’à la fin de l’été”, avertit Macron 

En attendant les résultats de ces pourparlers, les Français devront résister jusqu’à la fin de l’été. Du moins, selon Emmanuel Macron. "Je vais être honnête, les prix alimentaires, ça va être dur jusqu’à la fin de l’été", a affirmé le chef de l’État dans un entretien accordé dimanche 23 avril 2023 au Parisien.  

Si le gouvernement a appelé début avril les industriels et les distributeurs de se remettre autour de la table des négociations pour faire baisser les prix "chaque fois que cela sera objectivement justifié", Macron préconise un “travail qui paye mieux” et un “dialogue social”. "Le Smic continue d’augmenter, les autres salaires doivent suivre, et cela fait partie des sujets que l’on a mis à la négociation", a-t-il indiqué au même quotidien. À compter du 1er mai 2023, le Smic brut augmentera de 38 euros, passant de 1.709 euros à 1.747 euros par mois. 

Toutefois, selon le PDG de Système U, Dominique Schelcher, cela risque surtout de s’endurcir jusqu’à fin juin. "Le pronostic est entre 23 et 25% sur l’alimentaire et la droguerie, la parfumerie et l'hygiène d’ici la fin du mois de juin", a-t-il révélé

Un constat partagé par Yves Puget, directeur de publication de LSA, hebdomadaire professionnel français spécialiste de l'industrie alimentaire et de la grande distribution. "L'inflation progresse un peu tous les mois depuis un peu plus d'un an, de 0,5 à 1%, et ça va continuer au moins jusqu'à l'été. J'ai du mal à croire que les prix vont baisser. La question, c'est: est-ce qu'à la fin de l'été, ils vont au moins se stabiliser?", s’interroge-t-il.  

Comment s’en sortent les Français ? 

En attendant l’échéance avancée par Macron ou la fin des renégociations entre les industriels et les distributeurs pour savoir jusqu’où cette spirale inflationniste peut aller, les Français font preuve de débrouillardise, voire de sacrifice pour remplir leurs paniers. Le budget auparavant dédié aux loisirs, aux vacances ou aux sorties restos sert désormais à compenser la hausse des prix dans les rayons.  

Rémy Oudghiri, sociologue, directeur général adjoint de Sociovision, société spécialisée dans les études du marché et membre du groupe IFOP, explique à RadioFrance que “66 % des gens nous disent que leur budget leur permet tout juste d'assumer les dépenses de base (...) 66% cela concerne les milieux les plus modestes, mais aussi une grande partie de la classe moyenne.” 

D’autres se rabattent sur des produits de moindre qualité et les comportements sont variés. Certains achètent moins ou cessent de choisir des produits labellisés (bio ou autres) tandis que d’autres, dans des situations plus critiquent, se risquent à consommer des produit dont la date limite a été dépassée.  

Dans les marchés, de nombreux médias font état de la pratique du glanage alimentaire par des citoyens qui attendent la fin du marché en toute fin de matinée pour récupérer des produits invendus ou profiter d'offres intéressantes. L’ultime étape avant de recourir à des associations ou des banques alimentaires ?  

Selon une étude publiée en février 2023, plus d’un tiers des personnes qui se rendent dans les structures d’aide alimentaire sont de nouveaux bénéficiaires qui le font depuis moins de 6 mois. Les données récoltées par l'institut CSA pour les Banques alimentaires dévoilent que le nombre de personnes qui recevaient l'aide alimentaire était de 2,4 millions jusqu’à fin 2022, soit trois fois plus par rapport à 2012. 

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