“Il faut qu’on arrive à faire la lumière sur ce qu’il se passe à l'hôpital de Remiremont“ Me Nancy Risacher

Auteur(s)
FranceSoir
Publié le 06 janvier 2023 - 19:20
Image
x
Crédits
FS
Maitre Nancy Risacher, est avocate généraliste au barreau d’Epinal.
FS

L’invitée de ce Debriefing, Maitre Nancy Risacher, est avocate généraliste au barreau d’Epinal. Également très active sur le front de la lutte pour la défense des soignants suspendus, aujourd’hui, elle représente, au côté de Me David Guyon, des familles de patientes décédées de façon inexpliquée à l'hôpital de Remiremont dans les Vosges. Dans cet entretien, elle vient nous relater leur bataille judiciaire. Pourtant entrées dans l’établissement pour des demandes de soins "classiques" (fracture du fémur, pancréatite aigüe…), trois patientes, âgées de 59, 67 et 78 ans, sont mortes à deux ans d’intervalle entre juillet 2020 et juillet 2022, peu après leur prise en charge par le service d’urgence. Si tout acte médical peut entraîner des complications, ces affaires n’en demeurent pas moins « troublantes », souligne l’avocate : « On ne meurt pas d’une fracture du fémur ». Aujourd’hui, l’hôpital est visé par cinq plaintes : trois pour homicide involontaire mais aussi une pour mise en danger de la vie d'autrui (la cinquième est en cours de déposition). Le quatrième plaignant, un homme de 46 ans, qui s'était rendu après une chute à l'hôpital en octobre dernier ; là, les soignants ne lui avaient pas détecté dix côtes cassées, pourtant détectées « sans appel » dans un centre d'imagerie de Nancy quelques semaines plus tard. Au travers de ces procédures judiciaires, l’objectif de l’avocate de ces familles : « Lever la loi du silence » et « faire la lumière sur ce qu’il se passe à l'hôpital de Remiremont ».

Suite à ces dépôts de plaintes, le parquet d'Epinal a ouvert une information judiciaire « contre X pour homicide involontaire ». Une annonce dont se réjouit Me Risacher, qui tient à rappeler l’objet de ces démarches judiciaires : elles ne s’inscrivent pas dans le cadre d’une volonté de culpabilisation de l’hôpital public, déjà bien en difficulté en raison du manque de moyens financiers et humains, mais d’un désir d’élucider « les éléments troublants » qui entoure la prise en charge des patients décédés dans des circonstances suspectes. « Vous avez des personnes dont l’opération de réduction de la fracture du fémur se passe très bien. Elles sont en phase de partir dans un centre de rééducation. Et puis d’un coup, plus rien ne va. Elles décèdent en quelques heures. On ne comprend pas », développe l’avocate, qui précise : « Lorsqu’on regarde l’évolution de la prise en charge des patients, on s’aperçoit qu’il y a des incohérences, des flous, un manque de transparence, un manque d’explications et, au final, il y a un gros point d’interrogations pour toutes les familles : que s’est-il passé ? » Les causes de ces décès suspects ne sont pas connues : seules ses conséquences le sont, ajoute la femme de droit.

Accusée le 2 janvier de « se faire une publicité gratuite » dans un communiqué de l’Association pour la défense, le maintien, l’amélioration de la maternité et de l’hôpital (ADEMAT-H), l’avocate tient à répondre sur notre chaine qu’elle se veut « être le porte-parole de ses clients » : « Dans un hôpital, si on a plus peur de la prise en charge que de tomber malade ou de la pathologie dont on souffre, ça commence à devenir grave », martèle Me Risacher.

Aujourd’hui, par le biais de ces procédures, les familles des patients décédés ont pu se rencontrer. De leurs échanges est née une association des victimes de cet hôpital dont la vocation est de pouvoir permettre aux « personnes qui n’ont pas la possibilité, l’envie ou matière à déposer plainte, de pouvoir échanger des expériences ». « Une solidarité s’est développée », se réjouit notre invitée.

À LIRE AUSSI

Image
Bouissou
"On achève bien les soignants" : Catherine Bouissou présente son ouvrage
Infirmière coordinatrice en soins palliatifs à l’hôpital de Castres, Catherine Bouissou est aussi auteure. En septembre 2021, comme des milliers d'autres soignants non...
25 décembre 2022 - 15:00
Vidéos
Image
Cucchi
“On assiste à une colonisation de l'appareil étatique par des influences extérieures et par des intérêts particuliers” Michel Cucchi
Michel Cucchi, docteur en médecine et cadre de la fonction publique hospitalière, est l’invité de ce nouvel “Entretien essentiel” dans lequel il vient nous présenter s...
19 décembre 2022 - 19:55
Vidéos
Image
Reportage Pamart Soulier Rogez
"C’est un acharnement contre les médecins" Entretiens avec les Dr Gregory Pamart, Olivier Soulier et Véronique Rogez
Depuis cet été, suite à des signalements effectués à la Sécurité sociale, des centaines de médecins ont été convoqués par leur Ordre qui leur reproche d'avoir traité l...
24 décembre 2022 - 18:30
Vidéos

L'article vous a plu ? Il a mobilisé notre rédaction qui ne vit que de vos dons.
L'information a un coût, d'autant plus que la concurrence des rédactions subventionnées impose un surcroît de rigueur et de professionnalisme.

Avec votre soutien, France-Soir continuera à proposer ses articles gratuitement  car nous pensons que tout le monde doit avoir accès à une information libre et indépendante pour se forger sa propre opinion.

Vous êtes la condition sine qua non à notre existence, soutenez-nous pour que France-Soir demeure le média français qui fait s’exprimer les plus légitimes.

Si vous le pouvez, soutenez-nous mensuellement, à partir de seulement 1€. Votre impact en faveur d’une presse libre n’en sera que plus fort. Merci.

Je fais un don à France-Soir

Dessin de la semaine

Portrait craché

Image
Portrait Soros
George Soros entre coups de bourse, coups de cœur et coups d'Etat
PORTRAIT CRACHE - George Soros : le super-héros des marchés qui jongle avec les chiffres et secoue le cocotier de Wall Street quand il “n’ouvre pas les sociétés” à la ...
16 février 2024 - 16:00
Portraits
Soutenez l'indépendance de FS

Faites un don

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription à la Newsletter hebdomadaire de France-Soir est confirmée.

La newsletter France-Soir

En vous inscrivant, vous autorisez France-Soir à vous contacter par e-mail.