Médias, peur et mensonges : les Français disent stop selon un sondage exclusif France-Soir/BonSens.org – partie IV


Résumé
La France en crise : 62 % des Français jugent les médias télévisés totalement biaisés, 84 % accusent ces derniers d’amplifier leurs peurs, et 50 % veulent couper les subventions aux médias, révèle une enquête choc de France-Soir et BonSens.org menée fin mars 2025.
Une défiance qui s’enracine
France-Soir et l’association BonSens.org poursuivent leur série d’enquêtes sociologiques avec une troisième vague réalisée les 27 et 28 mars 2025 par MIS Group. Après les sondages de janvier et février 2025, qui révélaient une crise de confiance envers la gestion d’Emmanuel Macron, l’opacité sur les effets secondaires des vaccins Covid-19 et un rejet massif des institutions, ce nouvel article explore comment les Français s’informent et quelles sont leurs peurs.
Les médias alternatifs volent la vedette
53 % des Français déclarent avoir abandonné la presse mainstream, tandis que 44 % privilégient les médias alternatifs contre 42 % pour les sources traditionnelles.

Ce basculement reflète une fracture profonde avec les canaux d’information établis que l’on peut expliquer par la montée en puissance de plateformes comme X en 2025 (anciennement Twitter). Cette montée en puissance a été dopée par les journalistes citoyens et influenceurs indépendants qui ont dénoncé la couverture biaisée des tensions sociales (annulation des élections en Roumanie, actions contre les ZFE et contre la réforme des retraites, défaillance des comptes publics), et a accéléré ce virage vers les alternatives. Une étude du Reuters Institute (Digital News Report 2023) avait montré qu’en France, la confiance dans les médias traditionnels était tombée à 29 %, l’une des plus faibles d’Europe, poussant les citoyens vers des sources alternatives comme les réseaux sociaux.
Objectivité en berne : les médias traditionnels décriés
62 % des sondés jugent que les médias télévisés mainstream manquent totalement d’objectivité, un constat partagé par 43 % concernant la presse papier (L’Express, Le Point, Le Parisien).

Pourtant, l’État a injecté des centaines de millions d’euros en aides et subventions pour garantir le « pluralisme ». En 2023, selon la Cour des Comptes, les aides directes à la presse s’élevaient à environ 120 millions d’euros par an, sans compter les exonérations fiscales et les soutiens exceptionnels post-Covid. Malgré cela, la population perçoit un manque criant d’indépendance, ce qui alimente la défiance. Face à un budget de l’État jugé trop lourd et à ces aides inefficaces, 50 % des Français exigent leur suppression totale, une tendance stable sur les trois vagues d’enquête.

De nombreux articles de presse (OJIM) ont analysé le « scandale persistant des aides à la presse », qui a distribué des millions d’euros entrainant de nombreuses critiques sur l’absence de contreparties pour garantir le pluralisme. D’ailleurs, la Cour des comptes s’est fâchée en 2024 : « Les aides à la presse, directes ou indirectes, sont le tonneau des Danaïdes et toujours au profit des mêmes » a indiqué Pierre Moscovici président de la Cour lors de son audition devant la commission des finances du Sénat fin mars 2024.
Les médias, amplificateurs de peurs ?
84 % des Français estiment que les médias exacerbent leurs peurs, et 87 % ressentent une anxiété croissante liée à l’information.

Pour 79 %, distinguer le vrai du faux devient une mission impossible, tandis que 61 % dénoncent une science manipulée par les politiques et les médias. Enfin, 77 % perçoivent le mensonge comme omniprésent en politique, sans réelle sanction – contrairement aux États-Unis, où le parjure est pénalement répréhensible. Ce sondage vient corroborer l’étude de l’INA (2021) sur la couverture médiatique de la covid-19 qui a montré que les chaînes d’info en continu diffusaient 70 % de contenus anxiogènes, contribuant à une perception amplifiée des risques.
Comment les Français s’informent : entre habitude et contradiction
Les Français consacrent en moyenne plus d’une heure par jour à s’informer : 52 % y passent une heure, 23 % plusieurs heures et seuls 6 % s’informent rarement (moins d’une fois tous les 4-5 jours).

La télévision reste le média dominant (56 % la consultent quotidiennement), suivie du smartphone (44 %), devant la radio (35 %) et l’ordinateur (29 %). Les newsletters (46 % de non-lecteurs) et la presse papier (39 %) perdent du terrain.

Paradoxalement, bien que 62 % critiquent l’absence d’objectivité des médias télévisés, une majorité continue de les regarder quotidiennement, signe d’une dépendance ou d’un manque d’alternatives perçues. Selon le baromètre La Croix 2023, 55 % des Français utilisaient encore la télévision comme source principale d’information, malgré une confiance en baisse (36 %), illustrant cette dépendance historique.
S’informer, oui. Mais sur quoi ?
94 % cherchent à comprendre ce qui se passe autour d’eux, 31 % veulent s’enrichir intellectuellement via des analyses d’experts, et 23 % recherchent des sujets de conversation.

Côté contenu, 58 % plébiscitent les articles courts (2-5 minutes), 44 % les vidéos factuelles, 42 % les entretiens approfondis, et 38 % les courts formats des réseaux sociaux. Les dossiers d’investigation (23 %) et les livres (14 %) séduisent moins, reflétant une préférence pour l’instantané.
58 % favorisent l’audio (écouté en voiture ou en mouvement), mais 50 % apprécient aussi les analyses écrites exigeant plus d’attention, révélant un fossé générationnel entre information rapide en surface et quête de compréhension plus complète.

En 2023, le Reuters Institute avait noté que 40 % des Français préfèrent les formats courts en ligne, une tendance portée par les moins de 35 ans, tandis que les plus âgés restent attachés aux formats plus traditionnels.
Vérifier l’info : une tâche laissée en suspens
29 % ne vérifient pas les informations, souvent par manque de temps. 33 % se fient à l’avis d’experts ou journalistes mainstream, 20 % à ceux des médias alternatifs, et seulement 20 % consultent Wikipédia.

Les fact-checkers, utilisés par 6 %, sont délaissés au profit des « notes de la communauté » (popularisées sur les réseaux sociaux). En 2024, Mark Zuckerberg a réduit l’usage des fact-checkers sur Meta, privilégiant l’intelligence collective face aux critiques sur leur partialité. De plus en 2023, l’étude Edelman avait montré que seulement 18 % des Français font confiance aux journalistes pour vérifier les faits, expliquant le faible recours aux fact-checkers professionnels.
Si 50 % rejettent les subventions aux médias, 57 % ne souhaitent pas non plus financer la presse indépendante. Parmi les 43 % prêts à le faire, 16 % optent pour un abonnement mensuel, 15 % pour des magazines numériques, et 17 % pour des dons.

Participation citoyenne : une démocratie en quête de souffle
40 % des Français soutiennent le financement d’associations défendant l’intérêt général, et 28 % celui de la presse indépendante, signe d’une volonté de réinventer la démocratie directe.

Les peurs des Français : l’économie en tête
89 % des Français redoutent une dégradation économique, 80 % une hausse des inégalités, et 58 % craignent de ne plus pouvoir subvenir à leurs besoins. Seuls 48 % se sentent protégés par les mesures de l’État, miné par une dette publique jugée alarmante. En 2025, la dette française dépasse 120 % du PIB, selon les projections du FMI.

L’INSEE rapportait en 2023, une inflation de 4,9 %, alimentant déjà les craintes économiques, un sentiment qui semble s’être amplifié en 2025 selon les données de l’enquête.
Sur le climat, 74 % s’inquiètent pour l’avenir malgré 77 % qui réclament une révision des politiques officielles. Les avancées scientifiques rassurent 69 %, mais les risques sanitaires divisent (48 % préoccupés, 47 % indifférents). Seuls 39 % craignent une nouvelle crise comme la covid-19, bien que 51 % critiquent la gestion passée.

Réconfort et pragmatisme : les ancres des Français
80 % des Français trouvent du réconfort dans la famille et les amis, et 76 % dans la solidarité. 54 % puisent dans la spiritualité une forme de paix, signe d’un pragmatisme qui contraste avec les élites politiques et leur « foi en la science » affichée durant la crise covid.
59 % des Français assument d’être qualifiés de complotistes sur certains sujets, et 68 % ne craignent pas le rejet social.
Enfin, 79 % des sondés redoutent un usage abusif de leurs données personnelles. En 2023, une étude CSA montrait que 72 % des Français s’inquiétaient des données personnelles, une peur renforcée par les scandales de surveillance numérique comme Pegasus (Le Monde, 2021).

Une France déchirée mais résiliente
Cette enquête révèle une société française fracturée, où la défiance envers les institutions et les médias atteint des sommets. Entre peur économique, rejet de la manipulation médiatique et quête d’authenticité, les Français oscillent entre désillusion et pragmatisme. Si les médias alternatifs gagnent du terrain, la question du financement de l’information reste en suspens, laissant entrevoir un défi majeur pour la démocratie. Le baromètre Cevipof 2023 indiquait que seuls 26 % des Français ont confiance en leurs institutions, un niveau historiquement bas qui cadre avec les résultats de cette enquête. Les médias alternatifs et les associations semblent les vrais gagnants et piliers de la confiance des Français.
Étude BonSens.org et France-Soir analysée par FranceSoir.fr sur la situation en France, à l’international mené le 27-28 mars 2025 sur un échantillon représentatif de la population française de 1200 personnes. Méthode des quotas sur les critères de sexe, âge, catégorie socio-professionnelle et répartition géographique. L'enquête a été réalisée par MIS Group pour l’association Bonsens.org et la société Shopper Union France SAS qui publie et édite le site www.francesoir.fr. Tout sondage comporte statistiquement des marges d'erreurs, réduites en l'espèce de par la taille de l'échantillon de 1200 personnes. Toute personne a le droit à consulter la notice prévue par l'article 3 de la loi.

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