Italie: la victoire de Giorgia Meloni divise

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FranceSoir
Publié le 27 septembre 2022 - 11:45
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La victoire de Giorgia Meloni divise la classe politique française
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ANDREAS SOLARO / AFP
« Je suis une femme ! Je suis italienne ! Je suis chrétienne ! Personne ne me l’enlèvera ! », déclarait Giorgia Meloni lors d’un rassemblement à Rome en 2019.
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C’est une victoire des droites historique pour l’Italie. Ce 25 septembre, le parti nationaliste Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni a remporté plus de 26% des voix exprimées lors des élections législatives italiennes, et avec l’alliance des droites à laquelle elle appartient obtient, elle recueille plus de 44 % des suffrages, soit une majorité claire et nette, tant à la Chambre des députés qu’au Sénat. Une claque pour la Commission européenne, qui n’a pas manqué de susciter la déception au sein du gouvernement et des médias français, faisant par ailleurs réagir la classe politique.

Qui est Giorgia Meloni ?

Son ascension éclair déplaît à la gauche italienne, mais la jeune femme a de fortes convictions. « Je suis une femme ! Je suis italienne ! Je suis chrétienne ! Personne ne me l’enlèvera ! », s’exclamait-elle lors d’un rassemblement à Rome en 2019. Après la formation du parti politique de droite radicale Fratelli d'Italia en 2012, suite à une scission entre le Peuple de la liberté et l'ancien parti l'Alliance nationale, Giorgia Meloni prend les rênes du parti en 2014. Quatre ans plus tard, en 2018, Fratelli d'Italia ne remportait que 4 % des suffrages. Mais en 2020, comme le rapporte France Info, elle figurait parmi les « vingt étoiles montantes » de l'Italie, tant elle est appréciée des médias par son sens de la répartie et par sa personnalité charismatique. Puis, le 25 septembre, son parti Fratelli d’Italia obtient près d’un quart des suffrages.

« Nous gouvernerons pour tous les Italiens », a assuré Giorgia Meloni peu après sa victoire aux élections législatives. Après la chute du gouvernement de Mario Draghi en juillet dernier, l'alliance des droites s’est formé de manière anticipée. Aux côtés de Forza Italia de Silvio Berlusconi et la Ligue de Matteo Salvini, la coalition de droite a remporté près de 45 % des voix. Cette victoire place Giorgia Meloni en position de leader ; historiquement, la Romaine pourrait bien devenir la première femme à diriger l’Italie.

Qualifiée d'eurosceptique tout au long de sa campagne électorale, Giorgia Meloni n'a, cependant, jamais explicitement déclaré vouloir un Italexit. Cela ne l'empêche pas de faire connaitre sa forte opposition à la bureaucratie bruxelloise, affirmant sa volonté de s'affranchir de certaines directives européennes. Le pourra-t-elle dans le cadre des traités européens ?

D'autre part, Giorgia Meloni se démarque par son conservatisme : elle se dit opposée "aux lobbies LGBT" et défend les valeurs familiales. Au plan national, la cheffe de Fratelli d’Italia promet de lutter contre l’immigration et l’insécurité. Lors d’un discours en juin devant les partisans du parti espagnol de droite radicale Vox, elle affirmait : « Oui à la famille naturelle, non au lobby LGBT ! Oui à l'identité sexuelle, non à l'idéologie du genre ! Oui à la culture de la vie, non à l'abîme de la mort ! Oui aux valeurs universelles de la Croix, non à la violence islamiste ! Oui aux frontières sûres, non à l'immigration de masse ! Oui au travail de nos citoyens, non à la grande finance internationale ! Oui à la souveraineté du peuple, non à la bureaucratie de Bruxelles ! Oui à notre civilisation, non à ceux qui veulent la détruire ! » (France Bleu).

Face à la montée des partis de droite, Bruxelles s'inquiète

Cette victoire de la droite italienne intervient peu après celle du bloc conservateur des Démocrates de Suède. La percée électorale de la Suède et l'ascension de la droite au pouvoir en Italie, suite aux crises successives et la chute du gouvernement Draghi, risquent d'aviver les tensions au sein de l'UE. En effet, ces progressions nationalistes inquiètent les institutions européennes et traduisent d'une lassitude des peuples européens.

Voir aussi : Démission de Mario Draghi en Italie: un effet domino? 

La récente sortie d'Ursula von der Leyen, au sujet de l'atteinte aux principes démocratiques de l'UE par la Pologne et la Hongrie, a été commentée sur la toile. Lors d’un discours au sein de l’université de Princeton aux États-Unis, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait martelé le 23 septembre : « Nous verrons le résultat du vote en Italie, il y a eu aussi des élections en Suède. Si les choses vont dans un sens difficile, nous avons des outils, comme dans le cas de la Pologne et de la Hongrie ».  

Les propos de la cheffe de la Commission européenne ont suscité la colère de certains représentants politiques italiens. Furieux, le leader de la Ligue Matteo Salvini a réagi sur Twitter : « C’est quoi, une menace ? Arrogance honteuse. Respectez le vote, libre, démocratique et souverain du peuple italien ! Amis de tous, valets de personne ». Il a ensuite déclaré au quotidien Corriere della Serra : « Soit, elle présente ses excuses, soit elle démissionne ».

Le record de l'union des droites au pouvoir italien a toutefois été applaudi par certains États de l'Europe de l'Est. La Pologne et la Hongrie ont tenu à féliciter Giorgia Meloni. Le chef de l’État hongrois Viktor Orban a déclaré : « Nous avons plus que jamais besoin d’amis partageant une vision et une approche commune de l’Europe » (Le Parisien). De son côté, le leader du parti espagnol de droite radical Vox, Santiago Abascal, s’est également réjoui du résultat du scrutin italien. Selon lui, la leader de Fratelli d’Italia « a montré la voie vers une Europe orgueilleuse et libre de nations souveraines ».

Et en France… ?

Cette victoire de l'alliance des droites italiennes n'a pas manqué de faire réagir la classe médiatique, mais aussi la classe politique française, de droite comme de gauche.

Dans un éditorial, le journal Le Monde voit dans la victoire de l'alliance des droites « une menace pour l’Europe, après les succès des Démocrates de Suède et du RN aux élections législatives ». BFM TV écrit que « Giorgia Meloni s'apprête à s'installer le post-fascisme ». Quant à Libération, sa une est titrée « Fascisme en Europe : toutes les peurs mènent à Rome ». 

Selon Bernard-Henri Lévy, interrogé sur la perspective d'une élection de Meloni, « il ne faut pas toujours respecter les électeurs » quand leur choix « n’est pas respectable ». Suite à son élection, Jacques Attali, connu pour son engagement historique au sein du Parti socialiste, a fait état de ses inquiétudes sur Twitter, appelant à un réveil des gouvernements : 

Côté politiques, le Rassemblement national, par la voix de son député européen Jordan Bardella, a tenu à adresser ses félicitations à Giorgia Meloni : 

De son côté, Marine Le Pen a salué un peuple italien qui « a décidé de reprendre son destin en main » :

Par le biais d'un communiqué publié sur Twitter, le président de Reconquête Eric Zemmour a déclaré : « Toutes mes félicitations à Giorgia Meloni et au peuple italien ! Comment ne pas regarder cette victoire comme la preuve que oui, arriver au pouvoir est possible ? ».

« Une bonne nouvelle pour la défense de notre civilisation », a commenté sur Twitter Marion Maréchal, en mettant une photo où on peut la voir au côté de la femme politique italienne.

Cette victoire des droites en Italie ne plaît cependant pas à la gauche française. L’eurodéputée de la France Insoumise Manon Aubry a vivement critiqué ce « néofascisme » aux portes de l’Europe. 

Sa consœur Clémentine Autain (députée LFI) a regretté la montée au pouvoir des « héritiers de Mussolini »

Même crainte pour le Parti communiste français : l'ex-candidat à l'élection présidentielle Fabien Roussel a déploré sur Twitter la quasi-victoire de la « droite fasciste italienne ». Une « catastrophe qui doit provoquer un sursaut à gauche en Europe », selon lui.

Pour Sandrine Rousseau, députée EELV au sein de la Nupes, « les loups sont entrés en Italie ».

En tout cas, l'exécutif français se dit « attentif » au « respect des droits humains et du droit à l’avortement » suite à la victoire de la coalition des droites italienne. Au micro de BFMTV, la Première ministre Elisabeth Borne a réagi : « Bien évidemment, on sera attentif, (avec) la présidente de la Commission européenne (Ursula von der Leyen), à ce que ces valeurs sur les droits de l'Homme, sur le respect des uns et des autres, notamment le respect du droit à l'avortement, soient respectées par tous. » La ministre a toutefois estimé qu’il « ne fallait pas brûler les étapes », et qu’il « appartient au président de la République (Sergio Mattarella) de désigner la présidente ou le président du Conseil » italien.

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