Covid : l’affaire Lega est-elle la réminiscence de l’eugénisme et de l’euthanasie historiques de l’université de Lyon-1 ? (Partie 2)

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Vincent Pavan pour France-Soir
Publié le 16 février 2024 - 13:09
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Résistance farouche à Marseille, et à Lyon, passé de biopolitique totalitaire remontant plus que jamais à la surface...
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III) Lyon-1 ou la survivance de l’idéologie eugéniste et euthanasique 

L’affaire fit grand bruit. Et témoigne de l’ambiguïté fondamentale de l’université de Lyon-1 vis-à-vis de son idéologie universitaire historique concernant l’eugénisme et l’euthanasie. C’est sans doute le journal Le Monde qui en parle le plus directement possible : Le conseil d'administration de l'université Claude-Bernard (Lyon-I) a décidé, jeudi 25 janvier 1996, à l'unanimité des membres présents, soit quarante-six sur cinquante-neuf, de débaptiser la faculté de médecine Alexis-Carrel. Celle-ci portera désormais le nom de Laennec. Ce vote met un terme à la vive polémique qui, depuis 1992, agitait la communauté universitaire de Lyon. En 1969, cette même communauté avait choisi avec la même unanimité le nom d'Alexis Carrel pour l'une de ses quatre facultés de médecine. La renommée de ce chirurgien, né en 1873 à Sainte-Foy-lès-Lyon et mort à Paris en 1944, était apparemment incontestable : il avait été en 1912, à 39 ans, le plus jeune lauréat du prix Nobel de médecine, pour ses travaux, menés non pas à Lyon mais au Rockefeller Institute de New York, sur les sutures de vaisseaux, les greffes d'organes et la culture des tissus. Mais, depuis, des élus écologistes, des historiens et des militants antiracistes ont mis en évidence un autre visage du docteur Carrel, qui cependant apparaissait déjà clairement dans son livre, L'Homme, cet inconnu, publié en 1935 et traduit dans une vingtaine de langues. Dans cet ouvrage, qui fut un immense succès de librairie, le médecin se faisait le champion d'un eugénisme sévère en vue d'une aristocratie biologique héréditaire.”

"Pourquoi la société ne disposerait-elle pas des criminels et des aliénés d’une façon plus économique…” 

Il faut dire que les propos et les idées d’Alexis Carrel étaient tout sauf anodins. Pour le dire sans détour : il fut celui qui le premier introduisit l’idée que l’on pouvait utiliser des chambres à gaz pour éliminer de façon “économique” les vies “indignes d’être vécues”, dont le programme T4 constitua la mise en application, avant même les camps d’extermination. Dans son article très bien documenté sur l’affaire, Armand Ajzenberg rappelait - dans un ouvrage qu’il co-écrivit avec Patrick Tort - ce passage assez sidérant d’Alexis Carrel dans L’Homme cet inconnu, le best seller du prix Nobel français: “Les maladies de l’esprit deviennent menaçantes. Elles sont plus dangereuses que la tuberculose, le cancer, les affections du cœur et des reins, et même que le typhus, la peste et le choléra, leur danger ne vient pas seulement de ce qu’elles augmentent le nombre de criminels. Mais surtout de ce qu’elles détériorent de plus en plus les races blanches [...]. Un effort naïf est fait par les nations civilisées pour la conservation d’êtres inutiles et nuisibles. Les anormaux empêchent le développement des normaux. Il est nécessaire de regarder ce problème en face. Pourquoi la société ne disposerait-elle pas des criminels et des aliénés d’une façon plus économique…” 

A la préface allemande de son ouvrage, le médecin français ajoutait : ”Le gouvernement allemand a pris des mesures énergiques contre la propagation des individus défectueux, des malades mentaux et des criminels. La solution idéale serait la suppression de chacun de ces individus aussitôt qu’il s’est montré dangereux.” 

Il s’agissait ainsi de célébrer la mise en place du programme T4, où les “bouches inutiles à nourrir” disparaissaient dans les premiers programmes d’euthanasie systématiques du gouvernement allemand. Les aliénés placés au même niveau que les criminels endurcis et supposés irrécupérables, dangereux pour la société, devaient ainsi disparaître des “pays civilisés”. Euthanasie donc, mais également eugénisme, comme le rappelle Roland Pfefferkorn, dans un article intitulé “Fantasmes eugénistes d’hier et d’aujourd’hui”, dans lesquels le sociologue cite un passage de L’Homme cet inconnu (1) : “Sauver les faibles et les tarés, leur donner la possibilité de se reproduire, c’est produire la dégénérescence de la race. [...] Il faut également se demander si la grande diminution de la mortalité pendant l’enfance et la jeunesse ne présente pas quelques inconvénients. En effet, les faibles sont conservés comme les forts. [...] Si on pouvait prolonger la santé jusqu’à la veille de la mort, il ne serait pas sage de donner à tous une grande longévité. [...] Pourquoi augmenter la durée de la vie des gens qui sont malheureux, égoïstes, stupides et inutiles ?” 

Au final, chaque passage, sans doute chaque phrase et chaque mot d’Alexis Carrel, pose problème. Notamment l’idée que l’on ne devrait sûrement pas soigner tous les enfants de la même manière, parce que finalement les plus faibles survivraient alors au même titre que les plus forts, ce qui contribuerait à l’affaiblissement structurel de “la race”. Mais pour ce qui nous intéresse le plus - dans la mesure où cela nous ramène très précisément au présent, à la gestion politique de l’épidémie de Sars-Cov-2 - c’est l’idée que dans les moments de fin de vie, il arrive, selon Carrel, qu’on ne doive pas non plus “augmenter la durée de vie” des gens “inutiles”. Car dans cette idée de laisser mourir ceux qui sont déjà à l’abandon, se retrouve exactement la condition de l’Homo saquer qu’attribuent de façon explicite certaines sociétés occidentales aux plus âgés dans leur population. Ceux qui se meurent en Ehpad, à des tarifs souvent prohibitifs, dans des conditions où les personnels qui travaillent dans ces institutions n’ont absolument aucun moyen sérieux d’effectuer la tâche qu’on leur attribue. Car la question qui se pose ici est effectivement celle de savoir dans quelle mesure les plus fragiles, ceux qui vivaient en Epahd au moment du Covid, ont pu effectivement bénéficier de l’attention et des soins nécessaires à leur état. Et de ce point de vue, les conclusions de la commission parlementaire, dont le député Eric Ciotti fut le rapporteur, dressent un constat accablant de la situation. Le problème ? Alors qu’en temps habituel les personnes âgées (plus de 75 ans) représentent en moyenne environ 25 % des patients en réanimation, ce taux chuta à 14 % en France au moment du pic épidémique de Covid au printemps 2020 (soit à la fin du mois de mars) pour tomber dans certains services de l’Ile-de-France jusqu’à 6 % (interview d’Eric Ciotti sur RMC). Dit autrement, pour le rapporteur, on a effectivement empêché les personnes les plus âgées d’accéder aux soins hospitaliers. Il y a bien eu un tri qui s’est opéré, écartant de fait les personnes les plus exposées aux risques mortels de la maladie. Les remontées du terrain, en particulier celle des médecins coordinateurs en Ehpad, le confirmèrent sans ambiguïté : les personnes malades dépendantes vivant en institution adaptée n’ont en général pas trouvé d’hôpital “preneur” pour leur administrer des soins. Ce qui était d’autant plus gênant que, non seulement, on pouvait dispenser de l’oxygène haut débit à ces personnes sans nécessairement les hospitaliser, mais qu’en outre, une surveillance particulièrement vigilante et active dès les premiers symptômes permettait d’intervenir rapidement dans des soins précoces, notamment par traitement à l’HCQ. Ainsi, un tweet de Didier Raoult du 2 novembre 2020 annonçait-il l’acceptation dans la revue International Journal of Antimicrobian agents d’un article démontrant que l’utilisation d’un protocole à base d’HCQ permettait la division par 2 du taux de létalité Covid dans les Ehpad, résultat qui se retrouvera pour finir en population générale. De fait, alors que le gouvernement autorisait par décret l’utilisation du Rivotril pour ”accompagner” vers la mort les patients âgés en détresse respiratoire, et que l’AP-HP mettait en place des GIR (groupement d’intervention rapide) pour administrer en urgence des “soins palliatifs” sur “simple soupçon de Covid”, on interdisait dès le mois de mai 2020, à partir d’un article falsifié - celui du “Lancetgate” - l’utilisation d’un protocole de soin capable de rendre des résultats très significatifs sur la létalité de la maladie. Difficile, en constatant cette conjonction d’actions allant toutes dans le même sens, de ne pas formuler l’hypothèse d’une véritable coordination dans les décisions pour éliminer de façon parfaitement assumée - et donc idéologique - les plus anciens. Or c’est là que le présent rejoint un autre moment de l’histoire : celui de la mort par famine, en France entre 1940 et 1945, des personnes internées dans les hôpitaux psychiatriques. Avec une fois encore l’université de Lyon-1 au cœur de la tourmente. 

Comment on laissa mourir de faim entre 40 000 et 76 000 résidents des hôpitaux psychiatriques en France entre 1940 et 1945

De la même manière que la mise à l’écart du nom de Carrel des institutions hospitalières lyonnaises défraya la chronique, en mettant en lumière à cette occasion les liens idéologiques de Lyon-1 avec l’euthanasie et l’eugénisme, l’affaire que nous allons décrire fit également grand bruit dans les médias et dans le milieu des historiens lorsqu’elle éclata. En cause, la soutenance, en 1981, par un psychiatre de l’université de Lyon, Max Lafont, d’une thèse de médecine bien encombrante au regard de l’ambiance universitaire lyonnaise. Son titre : Déterminisme sacrificiel et victimisation des malades mentaux. Enquête et réflexions au sujet de la mortalité liée aux privations dans les hôpitaux psychiatriques français pendant la période de la Seconde Guerre mondiale. De quoi s’agissait-il ? D’ouvrir à l’époque un angle mort sur un épisode tragique de l’histoire française : comment on laissa mourir de faim entre 40 000 et 76 000 résidents des hôpitaux psychiatriques en France entre 1940 (moment de la défaite) et 1945. Armand Ajzenberg introduit le sujet de manière efficace : 

“1er mai 1945 : autre défilé. Le peuple. Après la fête, les comptes : 75 000 fusillés parce que communistes ou patriotes ; 76 000 hommes, femmes et enfants de France livrés par “Vichy” aux nazis et exterminés parce que Juifs ; 76 000 autres morts encore, dans les hôpitaux psychiatriques, parce que fous. 40 000 disent certains décomptant ceux qui, de 1940 à 1945, statistiquement, seraient morts. Discussion sans grand sens. Aurait-il fallu identiquement calculer la surmortalité chez les autres 76 000 ? Les Juifs ? 76 000 fous donc, morts affamés par les autorités vichystes.” 

En fait, si personne ne nie aujourd’hui la surmortalité par famine (dont le peintre Sylvain Fusco et la sculptrice Camille Claudel furent des victimes, l’un à Bron près de Lyon, l’autre à Montfavet, non loin d’Avignon) ainsi que les chiffres de cette mortalité, l’enjeu principal qui divise le champ des historiens est essentiellement de savoir si cette surmortalité a été produite de façon idéologique ou non. Autrement dit, a-t-on assisté à une forme de programme T4 en France ? Ou encore : la surmortalité des hôpitaux psychiatriques a-t-elle été le fait d’une application assumée d’une idéologie de l’euthanasie telle que défendue à Lyon par Alexis Carrel ? Deux tendances se disputent sur cette question. 

La première regroupe les historiens que l’on pourrait qualifier comme les tenants de la “contingence”. Pour ces derniers, la surmortalité dans les hôpitaux psychiatriques n’a aucune forme d’idéologie attenante. Il ne s’agit pas d’euthanasie, mais simplement du résultat d’une situation très spéciale (la raréfaction des denrées alimentaires en France durant la Seconde Guerre mondiale) s’appliquant à une population particulièrement fragile (les résidents des hôpitaux psychiatriques). De fait, pour certains historiens, la surmortalité en hôpital psychiatrique doit se rattacher à la surmortalité générale, celle des victimes collatérales et inévitables des conflits. Cette tendance, elle s’incarna d’abord chez l’historien Henry Rousso, lorsque celui-ci délivra sa critique de l’ouvrage que Max Lafont tira en 1987 de sa thèse L’extermination douce. La mort de 40 000 malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques en France sous le régime de Vichy. Henry Rousso écrivait alors, en 1989, le commentaire suivant (2) : Là commence la véritable sémantique du livre, où l’auteur, reprenant les propos de certains témoins, laisse peu à peu s’instaurer une ambiguïté fondamentale : les malades mentaux en France, (sur)vivant dans des conditions certes abominables, auraient connu le sort des malades mentaux allemands, qui eux furent sciemment exterminés en vertu d’un décret de Hitler, conséquence d’une politique raciste et d’un choix explicite. On pourrait même, en forçant l’assimilation, comparer les hôpitaux psychiatriques français de l’époque aux “camps de la mort”, un terme utilisé par un témoin et repris sans trop de précautions par l’auteur. Or cette comparaison laisse croire que non seulement il existe des similitudes entre la vie des malades dans les hôpitaux psychiatriques français et les déportés promis à l’anéantissement (ce qui est déjà plus que contestable, la hiérarchie des horreurs est toujours un exercice difficile), mais qu’aurait existé une volonté d’”extermination”.  

Or, à aucun moment n’est analysée une quelconque politique de Vichy visant à supprimer les malades mentaux. Et pour cause, car il semble qu’il s’agisse là d’un pur procès d’intention et non d’une réalité.” 

Le propos de l’historien est clair. Aucune idéologie, aucune comparaison possible avec le programme T4. Aucun document historique ne viendrait ainsi selon lui étayer la thèse d’un parti pris eugénique et euthanasique de Vichy, régime qui laissait pourtant les mains libres à Alexis Carrel, subrepticement introduit en haut lieu de l’administration vichyssoise. Ce genre de “réfutation historique” rejoint hélas une grande tradition française dans le champ des historiens : celui qui se dépense sans compter pour dédouaner Vichy d’un quelconque partage politique et idéologique avec l’Allemagne nazie d’Hitler. La thèse révisionniste bien connue, celle du “bouclier” pétainiste et du “glaive” gaullien, où Vichy aurait protégé de l’intérieur les Français tandis que l’on s’activait à l’extérieur depuis Londres pour les libérer. Or c’est bien cette thèse que mettra à mal Paxton, en révélant - archives à l’appui - le fait que le régime de Vichy allait bien au-delà des attentes allemandes. Le magazine Géo reprend en juin 2021, pour le grand public, les termes de ce débat. Ainsi, comme on le voit sur la question particulière des morts par famine dans les hôpitaux psychiatriques - notamment à Lyon - c’est la même ligne de démarcation qui opère que celle sur la question générale questionnant ou non le rapprochement de Vichy à l’idéologie allemande. Le camp de la contingence possède aujourd’hui ses historiens - et notamment à l’université de Lyon - pour lesquels il n’y a jamais rien eu d’idéologique dans les morts par famine. L’historienne lyonnaise Isabelle von Bueltzingloewen a de la sorte dirigé un travail collectif sur cette question : “Morts d’inanition, famine et exclusions en France sous l’Occupation”. Dès le titre, la question de la mort par famine est replacée dans le contexte “général” de l’exclusion (sans se demander au passage si précisément le fait que la famine ait touché les “exclus” n’est pas au contraire la preuve la plus ultime de l’idéologie darwiniste sur laquelle s’appuyait la thanatopolitique allemande). Tout est dit dans l’introduction à l’ouvrage par l’historienne lyonnaise, qui doit être citée intégralement pour qu’on en mesure mieux la portée : “Pour la plupart des Français qui l’ont vécue, la période de l’Occupation évoque en premier lieu l’immense difficulté à vivre au quotidien. La pénurie des produits de première nécessité, soumis à un rationnement de plus en plus sévère, oblige nombre d’entre eux à élaborer de véritables stratégies de survie. La faim, dont le spectre avait cessé de hanter les imaginaires, redevient une expérience largement partagée et structure bien des existences recentrées sur la satisfaction au jour le jour des besoins vitaux. Or si les historiens admettent que les difficultés de ravitaillement et les privations ont joué un grand rôle dans la montée des oppositions au régime de Vichy, ils ne se sont guère intéressés aux victimes de la “famine lente”. Difficiles à dénombrer, celles-ci ne sont pas prises en compte dans les statistiques des victimes du conflit. C’est à cette lacune que remédie cet ouvrage qui tente d’identifier tous ceux qui, dans la France occupée, sont morts de faim, de froid mais aussi de pathologies afférentes à la dénutrition (tuberculose en particulier). Parce que, trop isolés ou trop fragiles, ils n’avaient pas les moyens financiers, physiques et/ou psychiques de remporter cette épuisante “course aux calories” à laquelle il fallait se livrer pour survivre. Les auteurs se penchent sur le sort des “pensionnaires” de collectivités, hospitalières (hospices de vieillards, hôpitaux généraux, sanatoriums) ou non (prisons, camps d’internement), en mettant l’accent sur celui des aliénés internés dans les hôpitaux psychiatriques qui ont payé le plus lourd tribut à la sous-alimentation. Ils analysent également le devenir des groupes socialement et biologiquement les plus vulnérables de la population des grandes villes et les ripostes, sélectives, mises en œuvre par les autorités pour atténuer les effets des restrictions sur la santé publique.”

Choisir froidement entre ceux qu’il fallait nourrir, et ceux qui allaient mourir de faim

Ainsi, c’est bien la thèse du “bouclier” qui revient : il y a bien eu des “ripostes” mises en œuvre par les autorités pour “atténuer les restrictions sur la santé publiques”. Et ceux qui sont morts par famine ne l’ont pas été parce qu’on a décidé idéologiquement de les supprimer, mais parce “trop isolés ou trop fragiles, ils n’avaient pas les moyens financiers, physiques et/ou psychiques de remporter cette épuisante “courses aux calories”. Autrement dit, rien à voir avec les propos de Carrel qui se demandait s’il était vraiment opportun d’octroyer un supplément de vie aux “inutiles”. C’est précisément cette position que dénonce Armand Ajzenberg dans son article : 

“Le débat lancé par Henry Rousso et repris par Olivier Bonnet et Claude Quétel n’est donc qu’une machination, une tricherie qui n’a d’autre sens que de conduire le lecteur à cette conclusion : la surmortalité des fous de 1940 à 1945 n’est que le triste résultat des circonstances.” 

Point de vue donc que soutient encore aujourd’hui une partie des chercheurs en histoire à Lyon. Pourtant, une telle position semble ne pas pouvoir tenir très longtemps devant les évidences que d’autres historiens - un second groupe donc, celui des tenants d’une origine idéologique aux morts par famine, mettent en place. A commencer par Ajzenberg, qui fait remarquer la différence de traitement entre les occupants des hôpitaux publics et ceux des hôpitaux psychiatriques : Au temps du rationnement, le gouvernement du Maréchal accorda un supplément alimentaire aux malades des hôpitaux publics, pas à ceux des hôpitaux psychiatriques. Les premiers pouvaient survivre, pas les autres. L’enjeu : un supplément calorique journalier de 500 calories. Soit 1,25 calories par jour et par Français.” 

Ajzenberg rappelle également que même sans décret officiel de Vichy (contrairement donc à celui du programme T4 en Allemagne) existait de façon franche dans la France occupée une certaine administration qui ne s’embarrassait pas trop de donner une durée de vie supplémentaire aux “inutiles” (notamment donc les “fous”). Comme ce médecin, un certain Dr Isac, qui écrivait courant 1944, dans un rapport : 

“La situation déplorable du ravitaillement de notre hôpital fut par ailleurs maintes fois signalée aux autorités compétentes, de nombreuses démarches furent effectuées, et une réponse verbale (“Il y a des malades plus intéressants que les vôtres), souligne bien la situation tragique du moment.” 

Il s’agissait bien de choisir froidement entre ceux qu’il fallait nourrir, et ceux qui allaient mourir de faim, au sens propre du terme. Azjenberg, toujours, cite cette fois une circulaire du ministère de la Santé, daté du 3 mars 1942 : 

“Il est difficile de faire obtenir à ces malades [ceux des hôpitaux psychiatriques NDA] un supplément à la ration qui leur est octroyée, supplément qui ne pourrait être prélevé que sur les denrées attribuées aux éléments actifs de la population, en particulier aux enfants et aux travailleurs.” 

Puisqu’on ne peut pas nourrir tout le monde, il faut donc bien sacrifier les “fous”, ceux des hôpitaux psychiatriques, de la façon d’ailleurs la plus économique qui soit, comme le voulait Alexis Carrel. Inutile d’octroyer une durée de vie supplémentaire aux “inutiles”. Bien sûr, on expliquera que l’on n’avait vraiment pas le choix, qu’il manquait réellement de nourriture, que l’on aura tout fait pour ces malheureux internés des hôpitaux psychiatriques. Mais là encore rien ne tient, et l’exemple du Vinatier (hôpital psychiatrique près de Lyon) montre en fait qu’il existait des solutions alternatives pour nourrir les pensionnaires. En réalité, il y a eu les endroits où l’on a résisté, et ceux où l’on a effectivement parfaitement collaboré à l’idéologie darwiniste. Azjenberg toujours :  

“Par exemple, Saint-Alban (Lozère), où Lucien Bonnafé, directeur de l’établissement, battait la campagne pour échanger (1 kilo de plants de pommes de terre issus de graines, et pour cela très prisés des paysans, contre 5 kilos de pommes de terre consommables, raconte-t-il) ou pour acheter au cours du marché (noir) des denrées supplémentaires aux rations officielles. Il est vrai qu’ici ‘on’ résistait (Paul Eluard était caché à Saint-Alban), ailleurs (la très grande majorité des établissements) ‘on’ se pliait aux directives vichystes.” 

On revient finalement à l’idée que nous avons développée précédemment, à savoir que la résistance humanitaire trouve effectivement sa source dans l’alliance entre l’intellectuel spécifique doxophobe, celui qui a les moyens d’agir en situation, et les artistes (notamment les poètes), particulièrement sensibles au thème de l’exclusion auquel on ramène l’inutilité de leur vie et de leur travail. 

Pourquoi un si long détour par la thèse de Max Lafont sur les hôpitaux psychiatriques en France et dans la région lyonnaise ? Parce que l’histoire des morts par famine dans les hôpitaux psychiatriques est exactement la même que celle des morts “par Covid” dans les Ehpad. Que derrière l’absence de médication (HCQ, oxygène) et l’administration du poison (le Rivotril), il y a la même chose que l’absence de nourriture dans les hôpitaux psychiatriques lors de l’Occupation. Que ce sont les mêmes “fous”, “inutiles”, ceux qui “coûtent à la société”, et qui plombent son économie en “temps de guerre” (pour reprendre l’expression d’Emmanuel Macron) dont on veut se débarrasser. Que derrière l’idéologie de Carrel, se déploient les propos de Jacques Attali dans L’avenir de la vie (préface d’Edgard Morin), lors d’un entretien avec le journaliste Michel Salomon : “L'euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figures. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c'est la liberté et la liberté fondamentale, c'est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société. Dans une société capitaliste, des machines à tuer, des prothèses qui permettront d'éliminer la vie lorsqu'elle sera trop insupportable ou économiquement trop coûteuse, verront le jour et seront de pratique courante. Je pense donc que l'euthanasie, qu'elle soit une valeur de liberté ou de marchandise, sera une des règles de la société future.” 

Ainsi, il serait totalement irresponsable de ne pas voir dans le tri opéré sur les patients âgés des Ehpad (que le député Eric Ciotti dénonçait lucidement après les travaux de la commission parlementaire dont il était rapporteur) le même tri opéré par l’administration vichyssoise entre les personnes hospitalisées (que rappelle Azjenberg). Et que derrière les deux situations, la même rhétorique se met en place : il ne faut pas voir dans les surmortalités des idéologies sournoisement mises à l’œuvre, mais simplement les conséquences nécessaires de situations matérielles incontournables : il n’y avait pas plus de nourriture entre 1940 et 1945 qu’il n’y a eu entre 2020 et 2024 de médicaments pour soigner les plus faibles. Personne n’y pouvait rien. C’est ainsi. 

Pas plus de nourriture entre 1940 et 1945 qu’il n’y a eu entre 2020 et 2024 de médicaments 

Or c’est bien là que s’opposent les pratiques. De même que sous l’influence de certains médecins (Lucien Bonnafé) appuyés par certains artistes (Paul Eluard) on a pu développer la “résistance humanitaire” dans les hôpitaux psychiatriques durant l’Occupation, de même la rencontre des médecins (Louis Fouché, Didier Raoult) et des artistes inspirant la lutte contre la misère (Akhenaton, Kenny Arkana) a permis de développer à Marseille l’assistance aux personnes âgées dans les Ehpad durant le Covid. De même que les plus respectueux de la vie, ceux cramponnées contre l’idéologie eugéniste et euthanasique ont pu trouver de la nourriture lorsqu’il en fallait, et ont pu agir entre 1940 et 1945, de même les vrais humanistes de 2020 ont pu trouver des médicaments, des techniques de soin, plutôt que d’abandonner. De même qu’il y avait une idéologie euthanasique à l’œuvre durant Vichy, de même il y a une idéologie euthanasique à l’œuvre durant le Covid. 

Et voilà maintenant qu’il nous faut maintenant retourner vers l’article de Pradelle et al. Car en réalité, il faut regarder ce papier exactement pour ce qu’il est : une idéologie sournoise, agissante, qui cherche à écarter l’HCQ comme traitement contre le Covid, en essayant qui plus est de la faire passer comme un poison. Derrière cette manœuvre, il s’agit bien de préparer le terrain de l’histoire “contingente” : celle qui prétendra bientôt que la mort par manque de médicaments et de soins dans les Ehpad n’était pas due à une logique identifiable d’euthanasie et d’eugénisme soutenue par l’idéologie de l’économie capitaliste biopolitique (avec, en perspective, le surhomme transhumaniste), mais que cette mort était simplement due aux contingences de la situation matérielle. On ne pouvait hélas rien faire d’autre devant l’épidémie de Covid que de “compter les morts” (tous les soirs à la télévision) puisqu’aucun traitement n’existait, qu’aucune forme de soin n’était possible. La seule chose que l’on pouvait mettre en place, c’était le soulagement rapide (grâce aux GIR) des souffrances des personnes putativement atteintes de Covid. L’article dePradelle et al permet ainsi déjà le révisionniste historique de la crise Covid. En s’affranchissant du réel, il invente les futures histoires qui permettront de liquider en toute impunité, en faisant croire qu’il s’agit là d’une fatalité et non d’un choix. Pradelle, Lega, Molimard et consorts établiront que le “bouclier”, c’était le Rivotril et le refus de l’HCQ, tandis que le “glaive”, c’était le vaccin et le Remdesivir. Qu’en interdisant l’HCQ, en “montrant” qu’elle était toxique, que cela représentait des dizaines de millier de morts, Pradelle et al permettront aux futurs révisionnistes de justifier que le glaive vaccinal permettait de sauver des millions de vie. 

Ce qui se reproduit aujourd’hui, au temps, présent, entre Lyon et Marseille, c’est bien la continuation de la lutte entre la collaboration et la résistance. 

Que Pradelle, Lega et al soient des médecins de Lyon-1, l’université qui ne s’est jamais débarrassée des influences d’Alexis Carrel, voilà qui ne doit rien au hasard. Car les amis d’Alexis Carrel et les ennemis de Max Lafont ont été nombreux à Lyon-1. Et ce qui est choquant, dans l’histoire de l’université Lyon-1, ce n’est pas réellement qu’il y ait eu des personnages funestes et des personnages héroïques (cela a existé et existent encore dans toutes les universités). Mais plutôt le fait que l’université de Lyon-1 ait eu de la mansuétude pour les premiers tandis qu’elle affichait sa méfiance pour les seconds. Qu’encore récemment, on euphémisait Carrel, tandis que l’on diabolisait Lafont. Roland Pfefferkorn écrit ainsi, commentant la réception de l’idéologie de Carrel à l’Université Claude Bernard (Lyon-1) : 

“On ne peut que s’étonner a posteriori que le nom d’un tel médecin ait pu être choisi [Alexis Carrel, NDA], en 1969, à l’unanimité des responsables concernés, pour dénommer une institution universitaire destinée à former de futurs médecins.” 

Lyon-1 n’en a pas encore fini avec l’idéologie “carélienne”

Un peu plus loin, le sociologue précise, lors du débat initié en 1992, qui a amené à effacer le nom de Carrel de l’université de Lyon-1 en 1996 : 

“La commission de spécialiste de l’université Claude-Bernard (Lyon-1) chargée d’éclairer la décision de garder ou de supprimer le nom de Carrel du fronton de la faculté de médecine note encore pudiquement en 1992 qu’”on peut reprocher à Carrel d’avoir été peu sensible aux enjeux du combat qui se menait, non d’avoir été complice du nazisme.” Et de conclure que le nom de Carrel pouvait être maintenu.” 

Ainsi, tandis que l’on dédouanait - à Lyon-1 - Alexis Carrel de toute forme d’idéologie, en essayant de le rendre transparent aux enjeux politiques de son temps, seulement orienté vers une forme d’exercice réellement pratique de la médecine, l’université se montrait autrement plus sévère et suspicieuse à l’égard de la thèse de Max Lafont. Comme l’écrivait Isabelle von Bueltzingloewen à propos de la thèse du médecin, soutenue en 1981 (4) : 

“Celle-ci suscite cependant des remous puisque – fait rare – le président de l’université demande à Max Lafont de revoir ses conclusions avant d’autoriser la soutenance à l’issue de laquelle le candidat se voit finalement accorder la mention très honorable avec les félicitations du jury.” 

De façon analogue, L’historien Roger Darquenne, présentant en 1990 une critique de l’ouvrage de Max Lafont, observe quant à lui (5) : 

“A partir des archives du grand hôpital psychiatrique du Vinatier (2890 malades) à Bron, près de Lyon, Max Lafont, un ancien interne, a eu le courage et l’honnêteté de risquer en 1981 sa thèse de médecine sur une abominable histoire : la mort par inanition dans les asiles français au cours de la dernière guerre. Face à la conspiration du silence et de l’oubli, le sujet était à ce point dérangeant que le Président de l’université Claude Bernard Lyon-1 refuse une première fois d’en signer les conclusions.” 

Ainsi, comme on le constate, il y a bien un deux poids deux mesures à l’université de Lyon-1. D’un côté une protection d’Alexis Carrel, de son idéologie, en excluant par principe l’idée qu’il pourrait y avoir une dimension politique à ses prises de position, d’un autre côté le rejet de Max Lafont, de ses recherches historiques scrupuleuses, en accusant par principe son travail de comporter des biais militants. Le renversement accusatoire dans toute sa splendeur. Historiquement donc, il apparaît de façon manifeste que Lyon-1 n’en a pas encore fini avec l’idéologie “carélienne”. 

Et c’est précisément ce qui semble encore agir aujourd’hui à Lyon-1. Alors que son président Frédéric Fleury a effectivement été contacté - par mes soins - afin de discuter de l’article dePradelle et al, dans toutes ses dimensions, aucune réponse, même de principe, ne me fut adressée. De façon assez claire, au moment où je rédige cet article, il apparaît que l’université de Lyon-1 cherche à protéger les auteurs d‘une fraude scientifique idéologique des comptes qu’ils doivent rendre non seulement à la communauté, mais également à la Nation. Il ne fait aucun doute que les auteurs du papier sont moins des idéologues funestes que de tristes sires prétentieux, petits arrivistes à la recherche d’une promotion quelconque. Comme nous l’avons déjà écrit, ils subissent vraisemblablement des forces agissantes dont ils n’ont pas conscience, mais qui reconduit Lyon-1 vers la défense caractéristique de l’idéologie eugéniste et euthanasique qui la hante depuis Carrel. L’idéologie anti HCQ sert ainsi à justifier le fait qu’on a laissé mourir des personnes qui auraient pu être sauvées. 

Mais si l’université de Lyon-1 ne saisit pas l’occasion qui lui est donnée d’affirmer clairement son identité lumineuse, de refuser d’entrer dans le jeu de l’euthanasie et de l’eugénisme, rien ne pourra éviter qu’elle soit regardée pour ce qu’elle a été dans le passé : l’université Alexis Carrel, collaboratrice de l’idéologie biopolitique totalitaire. 

Nous savons, parce que nous en connaissons, qu’il existe des grands intellectuels, de grands universitaires, réellement humanistes, à l’Université Claude-Bernard. Nous savons également que de nombreux hospitalo-universitaires de Lyon-1 savent à quel point l’HCQ a sauvé des vies. Si ces personnes ne prennent pas la parole pour condamner l’article dePradelle et al. et soutenir ainsi la médecine hippocratique, alors nous pourrons acter de la mort intellectuelle de l’université Claude-Bernard. 

Il y a bien une résistance farouche à Marseille, incarnée par Raoult et Fouché, qui plonge ses racines dans la généalogie de la ville et de l’histoire familiale. Là où à Lyon, les heures sombres du passé semblent remonter plus que jamais à la surface. Lega n’en est qu’un triste serviteur malgré lui, sans doute parfaitement inconscient de l’Histoire qui le manipule. 

Vincent Pavan est mathématicien et enseignant-chercheur.

 

(1) Rolland Pfefferkorn,Fantasmes eugénistes d’hier et d’aujourd’hui, Chimère, revue de schizoanalyses, 1996, 28, p.p. 111-133. 

(2) Henry Rousso, Vingtième Siècle, revue d’histoire, année 1989, p.p. 156-157 

(3) Mort d’inanition, Famines et exclusion en France sous l’Occupation, sous la direction d’Isabelle von Bueltzingloewen, Presses universitaires de Rennes. 

(4) Isabelle von Bueltzingloewen, “Les ‘aliénés’ morts de faim dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’Occupation", Vingtième Siècle, revue d’histoire, 2002/4 n°76. 

(5) Roger Darquenne, L'extermination douce. La mort de 40 000 malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques en France, sous le régime de Vichy. [Compte-rendu], Revue belge de philologie et d’histoire, année 1990, pp. 1052-1054 

 

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