Le contrôle des publications jeunesse est-il à revoir ?

Auteur(s)
France-Soir
Publié le 29 novembre 2023 - 17:00
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Enfant en train de lire un livre
Crédits
Johnny McClung - Unsplash
Johnny McClung - Unsplash

Alors que s'ouvre aujourd'hui le Salon du livre et de la presse jeunesse, c'est l'occasion de rappeler à quel point la mystérieuse commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence est brinquebalante. Auprès d'ActuaLitté, une ancienne membre parle d'une "réunion de branquignols".

Peu connue du grand public, cette institution vieille de 74 ans est issue de la loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, stipulant notamment que les textes "ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés [de] crimes ou délits, ou de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse".

Aujourd'hui, elle est incluse dans le ministère de l'Intérieur et est chargée de relire les publications jeunesse (livres et presse) afin de déceler d'éventuels propos dangereux : incitations à la haine, atteinte à la dignité humaine, pornographie, etc. Elle peut les signaler à Beauvau, mais pas censurer directement.

Pour cela, comme l'explique ActuaLitté la commission est composée de 16 membres à voix délibératives :

  • Le président David Moreau (aussi membre du Conseil d'État)
  • Quatre représentants des ministères de la Culture, de l’Éducation nationale, de la Justice et de l’Intérieur Deux représentants des personnels de l’enseignement public et privé
  • Quatre éditeurs de publications (pas forcément jeunesse)
  • Deux dessinateurs et auteurs
  • Un représentant des organisations de jeunesse
  • Un parent, désigné par l'Union nationale des associations familiales
  • Un magistrat honoraire ayant siégé dans des tribunaux pour enfants.

+ Dix rapporteurs, sans voix délibérative, qui produisent des rapports sur les publications qui leur sont confiées.

Tout ce petit monde est censé se retrouver au moins une fois par trimestre pour évoquer les publications jugées problématiques et discuter de leur légitimité, leur intérêt, leurs risques... Avouons qu'avec quelque 18 000 titres par an, ce n'est pas une sinécure.

Le hic, c'est que les membres de cette commission ne sont absolument pas tenus d'être experts en la matière. Comme le rappelle ActuaLitté, ils "ne passent aucune évaluation sur leur maitrise de la lecture ou leur capacité à comprendre un texte, la satire, la parodie ou l'ironie". Plus encore, certains avouent sans peine qu'ils n'ont pas le temps de lire tous les textes qui leur sont confiés. Donc, en réunion (quand ils s'y présentent), ils ne s'embarrassent pas de commentaires. Souvent, une seule personne a lu le texte mieux qu'en diagonale et les autres suivent dans un réflexe de mimétisme moutonnier.

C'est tout cela qui fait dire à une ancienne membre que "les gens s’imaginent une réunion d’experts" alors que "cela n’a rien à voir, c'est une réunion de branquignols."

Récemment, c'est le cas de l'ouvrage "Bien trop petit" de Manu Causse qui a suscité la polémique. Ce dernier raconte l'histoire d'un jeune homme frustré par l'apparence de son sexe, qui tente de décompresser en écrivant maladroitement des récits pornographiques. Ce sont des passages de ces derniers qui ont été jugés trop crus par la commission (en tout cas par un de ses membres). Le hic, c'est que la suite de l'histoire montre que le jeune homme comprend de lui-même la maladresse de ses propos, les problèmes que ces histoires induisent et leur caractère néfaste. Il semblerait donc que lire l'histoire jusqu'au bout soit pertinent pour juger l'œuvre, mais que tout le monde ne s'embête pas à le faire à la commission.

En réponse à cette décision, qui n'est que la goutte d'eau qui fait déborder le vase, le Syndicat de la Librairie française et le Syndicat national de l'édition ont fait part de leurs doutes concernant la légitimité de la commission et de leur volonté de "revoir" ce dispositif.

À côté de ça, c'est la terrible Mortèle Adèle qui a été faite héroïne de la jeunesse dans les dernières années, notamment à travers l'événement "Partir en Livre" de 2023. C'est à se demander si c'est l'éducation qui prime quand on parle des enfants, mais puisque c'est la commission de contrôle dépend du ministère de l'Intérieur... on a des éléments de réponse.

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