Giorgia Meloni entre Trump et Bruxelles : l’équilibrisme stratégique de Rome


Tout comme Elon Musk, Donald Trump a le soutien de Giorgia Meloni et ce, malgré la guerre commerciale qui se dessine à l’horizon. Dans un entretien accordé vendredi au Financial Times, la Première ministre italienne a jugé “puérile” et “superficielle” l’idée selon laquelle Rome devrait choisir entre les États-Unis et l’Europe. Elle affirme “comprendre” Donald Trump, un “leader qui défend ses intérêts nationaux” et dit vouloir continuer à respecter “son premier allié”. Giorgia Meloni estime toutefois qu'il est de sa “responsabilité de défendre l’unité transatlantique”, plaidant pour une “approche raisonnée”.
Au lendemain de son investiture, le président américain a reçu la cheffe du gouvernement italien en Floride. "Je suis ici avec une femme fantastique, la Première ministre d'Italie. Elle a conquis l'Europe", avait-il déclaré aux journalistes. Une semaine plus tard, la dirigeante italienne prenait la parole pour défendre Elon Musk, critiqué de toute part en Europe et accusé de “dangereuse ingérence” pour ses tweets et ses commentaires sur des élections sur le Vieux continent, particulièrement en Allemagne. Elle avait rendu hommage à un “génie” avec qui elle entretient de bonnes relations, qui n’est pas “nocif comme George Soros”.
Un “leader qui défend ses intérêts nationaux”
Les tensions entre Washington et Bruxelles se sont aggravées depuis janvier. Le président Donald Trump a imposé les droits de douane aussi bien à des adversaires des États-Unis qu’à des partenaires. Il a annoncé la semaine écoulée une taxe de 25% sur les voitures importées à compter du 3 avril, ce qui frapperait de plein fouet l'industrie automobile allemande. Washington a aussi fait part de son intention de cibler les vins, les champagnes et les autres alcools européens, notamment français, avec une surtaxe de 200%.
Le timing est mauvais pour l'UE qui annonçait au même moment le report à mi-avril de ses contre-mesures visant des produits américains, en réponse aux taxes de 25% décidées par Donald Trump sur l'acier et l'aluminium, dans l’espoir d’aboutir à une solution négociée. Les mesures américaines suscitent aussi l’inquiétude chez des Italiens, comme Emanuele Orsini, chef du syndicat du patronat, la Confindustria, qui dit craindre “un énorme problème” avec une guerre commerciale.
Mais la présidente du Conseil des ministres ne s’en fait pas. Interrogée par le Financial Times sur sa position dans cette confrontation commerciale entre Bruxelles et Washington, elle a rejeté l’idée selon laquelle Rome doit faire un choix. Une vision “superficielle” mais surtout “puérile”, dit-elle, refusant de voir Donald Trump comme un adversaire. Tout au contraire, il est le “premier allié” de l’Italie, poursuit Giorgia Meloni.
Dans le même entretien, la dirigeante italienne dit même “comprendre” les décisions du locataire de la Maison-Blanche, qui n’est qu’un “leader qui défend ses intérêts nationaux”. “Je défends moi aussi les miens”, a-t-elle rappelé.
Quant à l’accueil fait par Bruxelles aux mesures américaines, elle déplore des réactions “un peu trop politiques”. “Pensez-vous vraiment que le protectionnisme aux États-Unis a été inventé par Donald Trump ?”, interroge-t-elle, rappelant la loi sur la réduction de l’inflation de Joe Biden qui avait suscité un vent de panique en Europe.
Meloni “d’accord” avec JD. Vance
Giorgia Meloni a alors plaidé pour une approche européenne “raisonnée” pour répondre aux mesures américaines. “Parfois, j’ai l’impression que nous répondons simplement de manière instinctive. Sur ces sujets, il faut dire : Restons calmes. Réfléchissons”, préconise-t-elle. La présidente du Conseil italien des ministres préfère interpréter la situation comme un “stimulus” pour que l’UE se prenne en charge, également sur la délicate question de la défense. “J’aime dire que la crise cache toujours une opportunité”.
Les critiques des dirigeants américains contre l’Europe ciblent surtout, dit-elle, “la classe dirigeante et l’idée que, au lieu de dire la réalité et de trouver des moyens de donner des réponses aux gens, qu’on impose une idéologie aux peuples”. Giorgia Meloni voit alors Rome comme un médiateur, qui “peut entretenir de bonnes relations avec les Etats-Unis”, se disant “prête” à faire ce qu'il faut “pour éviter une confrontation avec l’Europe et pour construire des ponts. C’est dans l’intérêt des Européens”, affirme-t-elle encore, en exprimant son sentiment d’être “responsable de la défense de l’unité transatlantique”.
Sur le conflit ukrainien, la native de Rome dit avoir confiance dans les efforts de Donald Trump. Mais cette question place l’Italie dans une posture d’équilibriste difficile à maintenir. Les négociations lancées par l’administration Trump compliquent le soutien de l'Italie, qui s’aligne sur les positions européennes, qui pourraient à leur tour compromettre la proximité de Rome avec Washington.
Dans son entretien avec le Financial Times, elle n’a pas manqué d’exprimer son accord avec les critiques exprimées par le vice-président américain J.D. Vance à l'encontre de l'Europe en matière de démocratie et de libertés. “Je dois dire que je suis d'accord. Je le dis depuis des années (...), l'Europe s'est un peu perdue”.
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