Ukraine  : quelles réactions de l’OTAN  ?

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Jean-Neige pour France-Soir
Publié le 13 mars 2024 - 13:09
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Siège de l'OTAN - 12 Octobre 2023 Bruxelles
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AFP
Siège de l'OTAN - le 12 Octobre 2023 à Bruxelles
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TRIBUNE - Face à la probable victoire de la Russie qui se dessine, l’OTAN tente de passer à la vitesse supérieure. En Europe, il faut passer en « économie de guerre ». Et si l’Ukraine n’a plus assez de soldats pour tenir les lignes, qui d’autre que les soldats de l’OTAN pour tenir le rôle ?  

Selon Fabien Roussel, du PCF, le président Macron a déclaré aux représentants des partis politiques représentés à l’assemblée que c’est l’avancée des troupes russes vers Kiev ou Odessa qui « pourrait engager une intervention ». 

Ainsi, mis à part la capitale de l’Ukraine, Odessa fait bien partie de la ligne rouge pour l’OTAN, comme beaucoup pouvaient le penser.  La ville côtière, fondée par Catherine II de Russie, et la région du même nom, sont indispensables à l’Ukraine pour conserver un accès à la mer et au Danube, notamment pour exporter son blé, et importer des armes. Depuis des mois, des troupes américaines et françaises sont déjà pré-positionnées en Roumanie, prêtes à s’investir, si le pouvoir politique le décide.  

Deux options se dessinent. Soit les troupes de l’OTAN se contentent de se placer en interposition sur une ligne donnée, espérant que la Russie n’ose s’en prendre à eux ; soit elles s'impliquent directement dans des actions offensives contre les Russes afin de tenter de les repousser. Si c'est le cas, c’est l’escalade assurée.  

Concernant la première hypothèse, un compte inconnu sur X comptant 1000 abonnés a publié une carte, non-officielle, d’un déploiement possible des pays volontaires de l’OTAN qui a obtenu 2,6 millions de vues au 6 mars.  

Cette carte présente deux idées pertinentes du point de vue de l’OTAN.  

La première est de déployer les troupes occidentales le long de la frontière avec la Biélorussie pour permettre à l’Ukraine de redéployer ses soldats qui sont sur place vers les zones de combat.  

La seconde est d’assurer la défense d’Odessa en se plaçant non pas le long du Dniepr, trop près des Russes, mais le long du fleuve Boug méridional, qui traverse Nikolaev. L’armée russe s’était déjà cassée le nez en essayant de traverser ce fleuve lors de son offensive initiale en mars 2022. Cette hypothèse de déploiement parait donc tout à fait plausible.  

Certains pensent que les troupes de l’OTAN pourraient constituer des « boucliers humains » ailleurs, par exemple sur les sites de déploiement des F-16.  

Une autre carte publiée plus récemment par un autre irresponsable pro-Ukrainien place l’armée française dans la région d’Odessa. 

Mais si les soldats russes n’avaient plus que des troupes de l’OTAN en face pour les empêcher de reprendre une ville qu’ils ont créée et où nombre d’habitants leur sont encore secrètement favorables, qui seraient les plus légitimes ? Et si par ailleurs, l’OTAN et l’Ukraine continuaient de refuser à négocier. Qui peut être sûr que la Russie n’attaque pas les forces de l’OTAN ?  

Et après ? ce pourrait être la Russie qui placera la France et l’OTAN dans une situation de « dilemme stratégique ». Qui peut avoir intérêt à cela ? Certainement pas le peuple français à qui on ne demande pas son avis.  

Si c’est là « le dilemme stratégique » que Macron espère imposer aux Russes, cela risque de très mal se terminer. A la première frappe d’un F-16, son aérodrome d’origine sera ciblé par des missiles de longue portée dès lors qu’il sera identifié. Même si des soldats de l’OTAN sont sur le site, les Russes n'hésiteront probablement pas. Précédemment, les réseaux sociaux bruissaient de rumeurs évoquant des officiers de l’OTAN travaillant clandestinement en Ukraine, tués par des missiles russes. Cette hypothèse de placer ouvertement des soldats de l’OTAN sur des sites stratégiques à intérêt militaire semble être non seulement farfelue, mais extrêmement dangereuse. Scott Ritter, le maintenant célèbre analyste américain, ex-expert en missiles balistiques, voit dans le possible déploiement des troupes françaises en Ukraine le risque de l’engrenage vers la fin du monde. Nos militaires accepteraient-ils d’être ainsi traités comme des pigeons, attendant qu’un missile leur tombe dessus, dans un endroit où les intérêts français ne sont nullement menacés, au risque de provoquer une guerre nucléaire ?  

En ce qui concerne l’utilisation des Forces spéciales, ces troupes sont faites pour des actions offensives rapides et discrètes. Leur utilisation dans ce rôle, ou que ce soit en Ukraine, serait un acte de guerre.  

Le tout bien pesé, on peut se demander ainsi si Macron ne cherche simplement pas à envenimer la situation, à créer un casus belli.   

L’hypothèse d’une guerre sur le long cours 

En cas de guerre ouverte, un autre problème est que l’OTAN aujourd’hui n’a presque plus de munitions, et ne possède qu’un nombre limité de blindés et d’armements lourds. Ils ne tiendraient pas longtemps dans un combat de haute intensité contre des troupes russes aguerries et soutenues par une économie de guerre qui tourne déjà depuis 2 ans.  

C’est parce qu’ils sont conscients de cela que nombre de responsables politiques et militaires européens ont plus récemment parlé de confrontation avec la Russie dans les années qui viennent, mais pas dans l’immédiat. Ils sont sans doute conscients qu’ils n’auraient pas aujourd’hui les moyens de résister à la Russie en Ukraine, ayant déjà vidé leurs arsenaux. C’est dans ce sens qu’il faut entendre les appels au réarmement de l’Europe.  

Il y a donc deux conceptions qui semblent s’affronter. Tenter le tout pour le tout maintenant, ou attendre quelques années de plus pour se renforcer !  

Mais la Russie aussi aura l’occasion de s’affermir, et même de conquérir plus encore ses terres historiques qu’elle s’autorise aujourd’hui à reprendre, voyant que la négociation avec l’Ukraine et l’Occident est devenue impossible. Va-t-on d'ici à quelques années se lancer dans une guerre ouverte pour tenter d’en chasser les Russes ? Ce serait pure folie.   

Connaissant la détermination occidentale à les contrer, voire à les détruire, en dépit de leur manque de moyens, les Russes ont tout intérêt à forcer leur avantage dès cette année, et ensuite à rester sur leurs gardes en maintenant un niveau de préparation élevé de leurs troupes ; en espérant que l’arrivée de Donald Trump au pouvoir fasse ensuite descendre la pression.

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